Le film français Emilia Pérez, favori aux Oscars avec 13 nominations, divise profondément le Mexique à l’approche de sa sortie en salles. Réalisée par Jacques Audiard, cette comédie musicale raconte l’histoire d’un narcotrafiquant mexicain transgenre. Si le long-métrage a été encensé à Hollywood, il est accusé dans son pays d’inspiration d’exploiter avec légèreté la tragédie de la violence liée aux cartels et des disparitions massives. Une pétition contre le film a déjà recueilli plus de 11 000 signatures, et des voix s’élèvent pour dénoncer un manque d’authenticité dans le récit, tourné principalement en studios à Paris, ainsi que l’usage de stéréotypes.
Des critiques virulentes et des excuses prudentes
Lors de sa présentation au Festival de Morelia, le film a suscité un accueil glacial. Plusieurs figures mexicaines, dont le chef opérateur Rodrigo Prieto, ont pointé du doigt une représentation jugée « inauthentique » et « mal informée ». L’écrivain Jorge Volpi est allé jusqu’à qualifier Emilia Pérez de « l’un des films les plus grossiers et trompeurs du XXIᵉ siècle ». En parallèle, la performance linguistique de Selena Gomez, l’une des actrices principales, a également été critiquée. Jacques Audiard, lors d’une conférence de presse à Mexico, a amorcé un mea culpa : « Si des choses paraissent choquantes dans Emilia Pérez, je serais prêt à m’excuser », précisant que son œuvre s’apparente davantage à un opéra qu’à une reconstitution réaliste.
Une défense mitigée et un débat sur l’appropriation culturelle
Malgré les critiques, certaines personnalités, comme Guillermo del Toro, ont défendu le film en rappelant qu’il s’inscrit dans une tradition de fiction artistique. Cependant, Emilia Pérez relance un débat de fond sur l’appropriation culturelle : peut-on traiter de réalités complexes sans une maîtrise approfondie du sujet ? Le film, qui sort en salles au Mexique cette semaine, devra convaincre un public sceptique, tout en continuant sa course triomphale aux Oscars où il est attendu comme un sérieux prétendant aux principales récompenses.