11 mars 1978: mort de Claude François. Fabien Lecœuvre nous raconte pourquoi il n'aurait jamais dû mourir ce jour-là
Claude François

Certains destins sont d’une rare intensité. Celui de Claude François est de ceux-là, tout entier dédié à ses passions, la musique, le spectacle et son public. Toute sa carrière durant, Claude François a suscité l’intérêt et l’admiration d’un très large auditoire. De la vague yéyé des années 60 au disco des années 70 dont il fut l’un des pionniers, il a imposé un nouveau style sur scène comme en télévision, donnant ainsi une nouvelle dimension au spectacle musical français. Quarante-sept ans après sa disparition, le 11 mars 1978, son biographe officiel Fabien Lecœuvre nous révèle les trois événements qui ont changé sa destinée ! En effet, pour trois raisons que nous allons vous détailler, l’inoubliable interprète d’Alexandrie Alexandra n’aurait jamais dû se trouver dans la salle de bains de son appartement parisien le jour de sa mort… Une salle de bains par ailleurs maudite, puisque deux autres personnes y ont trouvé la mort: une juste avant que Claude François n’achète son appartement, l’autre quelques années après la disparition du chanteur. Un enchaînement d’événements tragiques digne de la série de films Destination finale. Quand le destin s’en mêle, rien ne peut lui échapper…

Le tragique accident

Le samedi 11 mars 1978, la stupide fatalité est venue mettre un point final à une existence de 39 ans et 39 jours qu’on imaginait presque éternelle, tant Claude François avait fait de sa vie privée et publique un véritable spectacle. C’est un incroyable accident domestique qui lui coûta la vie et qui provoqua tant de bavardages, le faisant ainsi entrer dans la légende. En fait, Claude François n’aurait jamais dû mourir ce jour-là, ni même se trouver dans la salle de bain de son appartement parisien au moment du drame.

On peut crier aujourd’hui cette étonnante révélation pour trois faits précis et vérifiés : tout d’abord, quatre jours avant le tragique accident, le mardi 7 mars 1978, et à la demande de l’artiste se plaignant d’irrégularités dans le fonctionnement des prises de courant et des interrupteurs, un électricien était venu contrôler, entre 10 heures 30 et 11 heures, l’installation électrique de son appartement situé 46 boulevard Exelmans à Paris. Seulement, ce jour-là, Cloclo dort dans sa chambre, il ne souhaite pas être réveillé avant 13 heures. Et donc, l’électricien repartira sans vérifier deux pièces, la chambre et la salle de bains. Immédiatement, un autre rendez-vous est pris par sa secrétaire Françoise Jacquart et sera fixé au lundi 13 mars 1978, hélas, trop tard, 48 heures après l’électrocution du chanteur!

L’appel téléphonique de Michel Drucker

Autre circonstance : alors que Claude François se trouve à Leysin en Suisse pour l’enregistrement de l’émission Snowtime Special pour la BBC du mercredi 8 au samedi 11 mars 1978 – le chanteur avait prévu initialement de rentrer le samedi après-midi pour rejoindre directement le Moulin de Dannemois où l’attendaient une quinzaine d’invités – un appel téléphonique de Michel Drucker va bouleverser l’emploi du temps de Cloclo. En effet, l’animateur lui demande comme un service personnel de venir dans son émission Les Rendez-Vous du dimanche, qui s’enregistre le samedi 11 mars entre 14h et 17h, ce qui n’était pas prévu au départ dans le planning du chanteur. Ne pouvant refuser cette demande expresse de Michel Drucker qu’il apprécie particulièrement, Claude François prévient la BBC et demande ainsi à son pilote Jean-Pierre Toucas de modifier le plan de vol et d’organiser son retour sur Paris, le vendredi en fin de journée et à l’issue des tournages. Pourtant et suite à une réunion de promotion organisée le mardi 7 mars 1978 à 16 heures, avec son attachée de presse, Marie-Thérèse Dehaeze et sa précieuse collaboratrice Nicole Gruyer, Claude François ne souhaite pas participer dans un premier temps aux Rendez-vous du dimanche, pour le lancement de sa chanson Alexandrie Alexandra et ne voulant pas suivre le parcours classique de la promotion avec les traditionnelles émissions de divertissement. Un compte-rendu de cette réunion sera rédigé le surlendemain. 

Enfin, venant de faire modifier son retour sur Paris le vendredi 10 mars, il vient de terminer les enregistrements pour la BBC. Fatigué par ces tournages qui durent depuis trois jours, Claude François est pressé de rentrer à Paris et ne souhaite pas rester une nuit de plus, loin de son domicile. En toute fin de journée, sitôt le tournage terminé, Cloclo et son équipe regagnent alors l’aéroport de Genève où les attend l’avion privé du chanteur. La troupe arrive très en retard à l’aéroport – qui pour les petits avions de tourisme, est fermé à 22 heures – Et c’est donc à 21h59, malgré l’épais brouillard et contre les ordres de la tour de contrôle, que son pilote, Jean-Pierre Toucas, décolle enfin l’appareil. Claude François réalise alors son souhait de dormir chez lui, mais hélas, de se retrouver fatalement dans cette fameuse salle de bains à son réveil…

Le déroulement du dernier jour de sa vie

Le lendemain donc, samedi 11 mars 1978, vers 13 heures, Claude François s’éveille dans son appartement. Derrière les rideaux de sa fenêtre, il devine les premiers rayons du soleil qui illuminent un ciel bleu azur. Le printemps est en avance sur le calendrier. Le programme de ce samedi est chargé. Il a rendez-vous aux studios de la SFP des Buttes-Chaumont pour enregistrer Les Rendez-vous du dimanche avec son ami Michel Drucker. Dans la cuisine de l’appartement, sa compagne Kathalyn et son attaché de presse, Marie Thérèse Dehaeze, lui préparent un solide petit déjeuner. Claude s’attarde sur la terrasse de son duplex, afin de profiter un peu du soleil printanier, tout en discutant avec les deux jeunes femmes. 

À 14H10… Il Raccroche Et Se Dirige&Nbsp;Vers Sa Salle De Bains

À 14h10… Il raccroche et se dirige vers sa salle de bains

Son secrétaire, Jean-Jacques Guillaumat, lui rappelle par téléphone qu’il viendra vers 14 heures avec son nouveau chauffeur Gérard Minchella, pour l’emmener à 14h30 à la SFP. Claude appelle ensuite sa mère Chouffa, pour lui annoncer qu’il passera au Moulin, dans la soirée, avec une quinzaine d’amis. Puis, il joint sa sœur Josette pour lui faire part du programme du week-end. Enfin, il contacte le réalisateur Rémy Grumbach pour le prévenir de son retard. 

À 14h10, après avoir raccroché, Claude se dirige vers la salle de bain pour se préparer, délaissant à regret sa terrasse ensoleillée qu’il a transformée, au fil des années, en un véritable jardin où se côtoient plantes vertes et fleurs exotiques. Dehors, en bas de l’immeuble, la Mercedes 450SEL est stationnée en double file et ses plus fidèles fans attendent leur idole. Aux Buttes-Chaumont, à la SFP, on prépare activement son arrivée et les techniciens installent déjà le décor de l’émission Les Rendez-Vous du dimanche. Son habilleuse Sylvie Mathurin a préparé la loge. Michel Drucker et ses collaborateurs s’impatientent. Sont déjà présents sur le plateau Les Clodettes et Sylvie Vartan qui est une des autres invités de l’émission. 

L’électrocution fatale

Au même moment, 46 boulevard Exelmans, Claude François est sous la douche. Son esprit est préoccupé. Il sait qu’il est en retard. Kathalyn lui parle derrière la porte de la salle de bains restée entrebâillée. Mais alors qu’il s’apprête à sortir de la baignoire, son regard s’arrête sur l’applique au-dessus de lui. Une fois de plus, celle-ci n’est pas droite. D’un geste machinal, qu’il a fait des dizaines de fois, il tend le bras pour la redresser… Deux de ses doigts restent collés à l’applique par suite d’un court-circuit. Il essaie de détacher son index et son majeur en s’aidant de sa main gauche. Impossible. Un cri déchirant, puis deux mots : « Help me ! » suivis d’un bruit sourd, alertent Kathalyn et Marie Thérèse qui se précipitent aussitôt dans la salle de bains.  Réalisant tout de suite l’ampleur du drame, Kathalyn, heureusement pourvue de sabots de bois, tente de le dégager tandis que Marie-Thérèse coupe le compteur. Trop tard, la décharge électrique est mortelle. Kathalyn traîne le corps convulsé hors de la salle de bains. Claude gît, inanimé. Aussitôt, Marie-Thérèse prévient ses médecins personnels, les docteurs Kravieki et Elbaz qui, trop occupés ce jour-là, refuse de se déplacer pour le premier et arrive trop tard pour le second. Elle compose alors le 18. 

De son côté, Kathalyn lui parle, lui prend la main, lui caresse le visage pour le rassurer. Elle tente de réanimer Claude en lui faisant du bouche-à-bouche. Les pompiers d’Auteuil sont alertés, mais ils ne peuvent intervenir, le SAMU est déjà mobilisé à un autre endroit. L’appel est dérouté sur les pompiers de Grenelle qui, sitôt avertis, arrivent au domicile du chanteur. Le commandant de brigade, le sergent Jacquinot, se précipite et, accompagné de deux sapeurs-pompiers de Paris, gravit les neuf étages à Pieds. 

L’électrocution Fatale
La Salle De Bains De Claude François Et La Baignoire Dans Laquelle Il A Été Électrocuté. Photo Prise Quelques Heures Après L’accident…
L’ultime Tentative
Emplacement De L’applique Où S’est Électrocuté Claude François, Dans Sa Salle De Bain. Photo Prise Quelques Heures Après L’accident

L’ultime tentative

Le sauveteur prend son pouls sur la carotide, puis, avec une lampe, il éclaire ses pupilles qui restent fixes et dilatées… Le chanteur vient de reperdre connaissance. Face à un arrêt cardiaque, le sergent assemble le matériel de respiration artificielle. Il entame alors un bouche-à-bouche, une ventilation assistée, un massage cardiaque… Le pouls de Claude se met à rebattre très lentement, environ 20 à 30 pulsations par minutes. Pour le sergent Jacquinot, c’est sûr, Claude va s’en sortir. Puis le médecin en chef des sapeurs-pompiers, le docteur Noël, arrive dans l’appartement, au moment où le corps de l’artiste reprend des couleurs. 

Une minute trente, deux minutes… et soudain, un nouvel arrêt cardiaque, le sergent Jacquinot remarque alors un filet de sang à la commissure de ses lèvres. C’est l’embolie pulmonaire. Avec un matériel sophistiqué, le docteur Noël se précipite et veut tenter un électrochoc de la dernière chance. Hélas, les secouristes restent impuissants, ils n’ont pas pu le sauver. Il est 14h45… Claude François n’est plus. Le docteur Noël lui ferme les yeux et demande au sergent Jacquinot d’annoncer la nouvelle à Kathalyn et à Marie-Thérèse, isolées dans la cuisine de l’appartement durant l’intervention. Les pompiers allongent le corps sans vie du chanteur sur le lit dans sa chambre et le recouvrent d’un drap.

À 15h15… Pierre Lescure annonce la mort de Claude François

Dehors, en bas de l’immeuble, les fans comprennent qu’il vient de se passer quelque chose de grave. Quelques instant plus tard, alerté au « 256 56 78 », le téléphone rouge de la station Europe 1 de la rue François Ier à Paris, le journaliste Pierre Lescure souhaite vérifier l’information auprès de son confrère Charles Villeneuve, le mari de Geneviève Leroy et rédactrice en chef du mensuel Podium. Lorsque Geneviève constate que l’appel vient d’un pompier qui a laissé au standard d’Europe 1, le numéro « 224 09 09 », la ligne privée et confidentielle du chanteur, elle s’inquiète. La ligne téléphonique étant toujours occupée, Geneviève Leroy décide alors de rejoindre le domicile du chanteur. Arrivée sur les lieux du drame à 15h10, elle confirme l’information à Pierre Lescure qui, à 15h15, dans un flash spécial, annonce la mort de Claude François sur l’antenne d’Europe 1.

C’est la stupeur dans la France entière. Aussitôt en quelques minutes, une foule s’agglutine au bas de l’immeuble derrière les barrières préfectorales. Plus d’un millier de personnes se rassemblent, pleurent et fixent désespérément le neuvième étage de l’immeuble du 46 boulevard Exelmans, à Paris. Dans l’appartement du chanteur, deux inspecteurs de la police judiciaire viennent constater l’accident du chanteur Claude François, dressent un procès-verbal n°1164 et recueillent les témoignages des proches présents au moment des faits. Muni d’un appareil Polaroïd, un inspecteur prend trois photos du corps de l’artiste allongé sur le lit sans sa chambre et emporte l’applique de la salle de bains. L’événement est national et reste, aujourd’hui encore, d’après de nombreux sondages, l’un des plus marquants du XXème siècle.

La prémonition

La veille de sa disparition, Cloclo avait accordé un entretien à la journaliste Vera Baudet pour un quotidien suisse-allemand. Ses propos marqueront les esprits et ouvriront les portes, sans le savoir, d’une autre carrière, posthume celle-ci : « La conclusion de notre périple sur terre, c’est la mort… J’ai l’impression sur terre que je me bats assez agréablement, je voudrais même vivre éternellement, c’est bien là le problème ! Mais je me rends compte que la chose irrémédiable, c’est la mort, qui arrive à grands pas, et ça, j’avoue que je la crains terriblement… »

Les 363 chansons qu’il a enregistrées, les 1188 concerts qu’il a donnés, les 361 émissions de télévision auxquelles il a participé en France, en Belgique, en Suisse, en Espagne, en Italie, en Angleterre, au Canada entre le 21 janvier 1963 et le 26 janvier 1978, les 82 émissions spéciales ou documentaires, toutes chaînes confondues en France, en Belgique et en Suisse, qui lui ont été consacrées depuis sa disparition, le millier de couvertures de magazines qu’il a pu faire, les 8 millions de timbres à son effigie, vendus par La Poste à partir de 2001, les 4 millions de spectateurs au cinéma du film Podium réalisé par Yann Moix, les 2 millions d’entrées au cinéma pour le long métrage Cloclo réalisé par Florian Emilio-Siri et les 68 millions de disques vendus à ce jour témoignent d’une incroyable et légendaire popularité. 

Après 14 284 jours d’existence et 46 ans après ce terrible accident qui lui couta la vie, Claude François a finalement trouvé les clefs de l’éternité !

Une Étrange Série De Décès

La tombe de Claude François, le mercredi 15 mars 1978 vers 17h, après l’inhumation du chanteur au petit cimetière de Dannemois, dans l’Essonne

Une étrange série de décès

En octobre 1963, avec ses premiers cachets, Claude François s’offre un appartement du XVIème arrondissement de la capitale, au 46 rue Exelmans. Cet appartement vient d’être le théâtre d’un drame que le chanteur ignore : en effet, quelques mois auparavant, la femme de l’ex-propriétaire, en dépression nerveuse, venait de se donner la mort, en s’ouvrant les veines dans la baignoire ! Après la disparition de Cloclo le 11 mars 1978, l’appartement est revendu en 1981. Par superstition et ne voulant pas être la troisième et prochaine personne à périr dans la baignoire de la salle de bains, le nouveau propriétaire souhaite changer la disposition des pièces de l’appartement. Ainsi, il inverse l’emplacement de la chambre avec la salle de bains. Seulement, trois ans plus tard, sa femme dépressive, décide alors d’en finir et se suicide en prenant une quantité importante de somnifères mélangés à de l’alcool et s’endort sur le lit. Le lendemain matin, l’employée de maison la retrouve morte sur son lit, à l’ancien emplacement de la baignoire dans laquelle une première personne, puis Claude François avait perdu la vie ! Étrange histoire en ce même lieu, pour ces trois personnes au destin tragique… 

Une Étrange Série De Décès
La Chambre De Claude François. Photo Prise Cinq Jours Après Sa Mort
Une Étrange Série De Décès
Claude François – Secrets de chansons, racontés par Fabien Lecœuvre ( Perles Editions )

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