SANTÉ Nutrition & bien-être

Produits hyperprotéinés : pourquoi les Français paient beaucoup plus cher pour quelques grammes de protéines

Produits hyperprotéinés : pourquoi les Français paient beaucoup plus cher pour quelques grammes de protéines
Produits hyperprotéinés : pourquoi les Français paient beaucoup plus cher pour quelques grammes de protéines

Les produits « high protein » ont quitté les salles de sport pour envahir les rayons des supermarchés. Yaourts, céréales, boissons, barres, tartines ou salades préparées affichent désormais leur teneur en protéines comme un argument central. Le succès commercial est réel : selon les données de Worldpanel by Numerator citées par Le Parisien, 97,3 % des foyers français achètent aujourd’hui au moins occasionnellement ce type de produit et 20 % des paniers en contiennent. Depuis 2023, les dépenses consacrées à cette offre auraient progressé de 25 %, pour atteindre en moyenne 88 euros par acheteur et par an. Derrière cet engouement, Foodwatch dénonce toutefois un effet de halo : la présence de protéines, fortement associée au sport et à une alimentation saine, peut faire oublier le reste de la composition.

L’association a examiné dix références commercialisées autour de cet argument et pointe des produits parfois très sucrés, riches en additifs ou comportant plusieurs marqueurs d’ultra-transformation. Une barre protéinée peut ainsi contenir du sirop de glucose, du fructose ou de la maltodextrine, tandis que certaines boissons utilisent des édulcorants, épaississants ou amidons modifiés. L’étiquette « protéiné » ne signifie donc pas à elle seule qu’un aliment présente un meilleur profil nutritionnel. Les recommandations de santé publique rappellent d’ailleurs qu’une allégation nutritionnelle doit être considérée avec l’ensemble de la composition du produit. Pour un adulte en bonne santé, l’apport de référence retenu par l’Anses est d’environ 0,83 gramme de protéines par kilo de poids corporel et par jour, un niveau généralement accessible grâce à une alimentation diversifiée.

Le supplément de protéines devient surtout un supplément de prix

C’est sur les écarts de prix que le phénomène devient particulièrement visible. Foodwatch relève par exemple qu’une référence Wasa « Protein+ », proposant 20 grammes de protéines pour 100 grammes, est vendue autour de 13,95 euros le kilo chez Carrefour, contre 7,09 euros pour une version plus classique contenant 9 grammes de protéines. Le prix est donc presque doublé pour onze grammes supplémentaires de protéines aux 100 grammes. Autre exemple : une salade de pâtes au poulet estampillée « High Protein » est vendue environ quatre euros de plus au kilo qu’une salade comparable de la même enseigne, pour seulement 3,5 grammes de protéines supplémentaires pour 100 grammes. Ce positionnement permet aux industriels de transformer une modification nutritionnelle parfois limitée en véritable produit premium.

Cette stratégie fonctionne parce que les protéines bénéficient aujourd’hui d’une image particulièrement favorable. Musculation, perte de poids, satiété, entretien de la masse musculaire : le mot suffit souvent à évoquer la performance et le bien-être, même lorsque le produit reste très transformé. Cela ne signifie pas que tous les aliments enrichis en protéines sont inutiles ou mauvais. Ils peuvent répondre à des besoins spécifiques, notamment chez certains sportifs, personnes âgées ou consommateurs dont les apports sont insuffisants. Mais pour la majorité des acheteurs, le véritable arbitrage se trouve peut-être moins dans le nombre de grammes affiché en gros sur l’emballage que dans le rapport entre prix, composition et besoins réels. Dans certains rayons, le marché de la protéine semble désormais vendre autant une promesse qu’un nutriment.

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