Trois millions d'euros contre le frelon asiatique, l'État ouvre le guichet
Trois millions d'euros contre le frelon asiatique, l'État ouvre le guichet

Vendredi 1er mai, l’État ouvre un guichet d’aide exceptionnel de 3 millions d’euros pour la lutte contre le frelon asiatique. L’annonce, faite par le ministre délégué chargé de la Transition écologique Mathieu Lefèvre, vise à soutenir des actions sur le terrain via la plateforme « Aides-territoires ». Un chiffre rond, une promesse simple, et une réalité déjà connue des campagnes, ce prédateur est désormais partout en métropole.

Car l’invité indésirable ne date pas d’hier. Arrivé en 2004 dans le sud-ouest, glissé dans un conteneur en provenance de Chine, Vespa velutina nigrithorax a gagné du terrain à une vitesse qui laisse peu de place aux illusions. Chaque printemps, le sujet revient comme un refrain, au moment où les fondatrices relancent les colonies et où la pression sur les insectes pollinisateurs remonte d’un cran. Dans les ruchers, les apiculteurs voient la saison se jouer tôt, parfois avant même les premières miellées.

Dans la filière apicole, le montant annoncé passe mal. Les représentants d’apiculteurs jugent l’enveloppe trop courte et avancent un besoin de 120 millions d’euros pour une réponse à la hauteur des dégâts sur les ruches. À l’échelle de l’État, 3 millions peuvent sembler un coup de pouce, à l’échelle d’un envahisseur installé, cela ressemble plutôt à un pansement. Le débat est politique, forcément, car il dit quelque chose de la façon dont la puissance publique hiérarchise les urgences écologiques quand elles touchent directement l’économie rurale.

Le piège artisanal, fausse bonne idée

Sur le terrain justement, tout le monde n’a pas la bonne méthode. Les apiculteurs mettent en garde contre la mode des pièges artisanaux dans les jardins, souvent des bouteilles en plastique remplies d’un mélange sucré ou alcoolisé. « Une fausse bonne idée », prévient Patrick Granziera, secrétaire général de l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), parce que ces pièges capturent aussi des insectes utiles. Luc Rigal, administrateur au Syndicat national d’apiculture (SNA), alerte sur le même effet boomerang, papillons, pollinisateurs et même guêpes y passent.

Les professionnels privilégient des pièges sélectifs, réutilisables plusieurs années, vendus autour de 10 à 15 euros. Leur intérêt est concret, ils limitent les captures d’espèces non ciblées ou permettent à ces dernières de ressortir, et ils tiennent mieux sous la pluie, ce qui évite de refaire l’appât après chaque averse. Pour les particuliers tentés par le bricolage, les apiculteurs recommandent une conception sélective, avec des ouvertures calibrées, histoire de ne pas transformer un geste de bonne volonté en machine à éliminer les auxiliaires du jardin.

Reste un autre point, souvent sous-estimé, la sécurité. Les autorités et la filière rappellent les risques liés aux interventions amateurs sur les nids, avec des accidents possibles en hauteur et des piqûres multiples, parfois graves. Dans ce contexte, l’ouverture du guichet est un signal, mais la bataille se jouera surtout sur la coordination locale, la qualité des interventions et la capacité à tenir dans la durée face à un adversaire désormais installé, et qui, lui, ne demande aucune subvention pour prospérer.

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