Le metteur en scène et directeur artistique franco-libanais, qui dirigeait le prestigieux Festival d’Aix-en-Provence, est décédé dans la nuit du 2 au 3 mai. Le monde lyrique pleure un créateur libre et audacieux.
Un destin artistique interrompu
C’est une onde de choc pour le monde de la musique classique et du théâtre. Pierre Audi, directeur du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence depuis 2019, est mort brutalement à l’âge de 67 ans alors qu’il se trouvait à Pékin. La nouvelle a été annoncée samedi 3 mai par les équipes du festival, évoquant avec émotion la disparition d’un « immense artiste et directeur d’institution ». Les circonstances de sa mort n’ont pas été précisées.
Né à Beyrouth en 1957, Pierre Audi avait consacré sa vie à l’opéra et au théâtre musical, qu’il considérait comme « les arts les plus capables de traverser les crises », selon les mots rapportés par le Festival d’Aix. De Londres à Amsterdam, en passant par New York, son parcours avait été jalonné de projets marquants, souvent porteurs d’innovation artistique. À Paris, il devait prochainement mettre en scène Tosca de Puccini à l’Opéra national.
Trente ans à Amsterdam, un renouveau à Aix
La carrière de Pierre Audi prend un tournant décisif en 1980 lorsqu’il fonde à Londres le Almeida Theatre, installé dans un bâtiment désaffecté du nord de la ville. Il en fait un laboratoire d’expérimentation scénique. Cet esprit d’audace l’amène à la tête de l’Opéra national des Pays-Bas dès 1988, un poste qu’il occupera pendant près de trois décennies. Là, il développe un langage visuel radical, collaborant avec des artistes contemporains comme Georg Baselitz ou Anish Kapoor.
À Aix-en-Provence, il imprime également sa marque. Reconduit à la direction du festival jusqu’en 2027, il ambitionnait d’élargir encore le répertoire, en explorant notamment les liens entre cultures orientales et occidentales. En 2021, il avait mis en scène L’Apocalypse arabe de Samir Odeh Tamimi. « Il croyait profondément en l’avenir de l’art lyrique », rappelle le communiqué du festival.
Directeur artistique du Park Avenue Armory à New York à partir de 2015, il y avait présenté des œuvres impossibles à monter dans des théâtres traditionnels. Fidèle à sa vision d’un opéra décloisonné et vivant, Pierre Audi aura laissé une empreinte forte, tant par ses choix de programmation que par ses mises en scène engagées.
« Il a profondément renouvelé le langage de l’opéra », a souligné la ministre de la Culture Rachida Dati sur X. Sa disparition laisse un vide dans l’univers de la création lyrique. Un vide que son œuvre continuera sans doute à éclairer longtemps.