Ziad Rahbani, monument de la musique libanaise et voix critique du Liban, s’éteint à 69 ans
Ziad Rahbani, monument de la musique libanaise et voix critique du Liban, s’éteint à 69 ans

Le compositeur, pianiste et dramaturge libanais Ziad Rahbani est décédé samedi matin à Beyrouth à l’âge de 69 ans, après une longue maladie. Fils de la légendaire chanteuse Fairuz et du compositeur Assi Rahbani, il laisse derrière lui une œuvre profondément ancrée dans l’histoire culturelle et politique du Liban moderne.

Figure emblématique de la scène artistique libanaise, Ziad Rahbani a marqué des générations entières par son style musical inimitable, mêlant les sonorités du jazz et du funk occidentaux à des rythmes et des tonalités orientales. Ce mélange novateur, que l’on retrouve notamment dans son album emblématique Abu Ali sorti en 1978, a donné naissance à une identité sonore unique, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme fondatrice de la modernité musicale libanaise.

Au-delà de sa virtuosité musicale, Rahbani était également reconnu pour son regard acéré sur la société libanaise. À travers ses pièces de théâtre, ses chansons et ses apparitions publiques, il n’a eu de cesse de critiquer avec une verve sardonique le système politique confessionnel du pays, les élites corrompues et l’absurdité de la guerre civile qui a ravagé le Liban entre 1975 et 1990. Sa plume acerbe et sa voix engagée ont trouvé un écho durable au sein d’une population en quête de justice et d’unité.

Sa carrière artistique a débuté très jeune aux côtés de sa mère, Fairuz, avec qui il a collaboré sur plusieurs œuvres. Mais Ziad Rahbani s’est rapidement imposé par sa propre voix, notamment à travers le théâtre musical satirique dans les années 1970 et 1980, où il abordait sans détour la guerre, la pauvreté, le désenchantement et les divisions sociales.

S’il a profondément influencé la musique au Liban, son impact s’est étendu à l’ensemble du monde arabe, où il jouissait d’une popularité rare. Artiste engagé, profondément politique, parfois controversé, il a toujours revendiqué un art au service de la vérité, de l’émotion et de la critique sociale.

Son décès suscite une vive émotion à Beyrouth et dans tout le Liban, où ses chansons résonnent encore dans les cafés, les taxis, et les mémoires. Pour beaucoup, Ziad Rahbani n’était pas seulement un musicien : il était une conscience, une époque, et une boussole morale dans un pays souvent à la dérive.

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