La distribution d’aide humanitaire à Gaza a été suspendue vendredi par la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël, en raison d’une surpopulation jugée dangereuse autour des centres de distribution. Cette interruption survient alors que l’enclave palestinienne continue de faire face à une crise humanitaire aiguë, exacerbée par les combats et la famine.
Dans un communiqué, la GHF a expliqué que ses équipes avaient dû cesser les opérations après qu’une « foule excessive » eut rendu leur poursuite périlleuse, malgré une distribution initialement pacifique. Ce désengagement, même temporaire, complique davantage l’accès à une aide vitale pour les Gazaouis, dont la majorité vit désormais dans des conditions extrêmes.
Parallèlement, la fête musulmane de l’Aïd al-Adha s’est ouverte dans un climat de grande violence. L’armée israélienne a intensifié ses opérations dans plusieurs zones de la bande de Gaza, en particulier à Khan Younis, où quatre soldats ont été tués dans l’explosion d’un bâtiment piégé. Selon les autorités sanitaires locales, seize Palestiniens ont également trouvé la mort dans des frappes, en majorité dans le nord de l’enclave.
« C’est un jour triste et difficile », a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, alors que les forces armées poursuivent ce qu’elles présentent comme une campagne nécessaire pour démanteler le Hamas.
Sur le terrain, les Gazaouis ont improvisé des prières de l’Aïd en plein air, souvent à proximité de mosquées détruites ou de ruines de maisons. « Comme vous pouvez le voir, nous célébrons les prières de l’Aïd, alors que les bombardements, les pilonnages et les avions continuent », a témoigné une habitante de Khan Younis, Umm Mahmoud.
Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme : plus de 2,3 millions de personnes à Gaza sont menacées par la famine, avec un taux de malnutrition infantile en forte hausse. Le nouveau modèle de distribution d’aide mis en place par le GHF, bien que soutenu par Israël, est critiqué par les agences onusiennes, qui dénoncent son manque de neutralité et d’efficacité.
La gestion chaotique de la distribution a déjà provoqué des incidents mortels : entre le 1er et le 3 juin, plus de 80 personnes auraient été tuées et des centaines blessées à proximité des points de distribution. Des témoins accusent les forces israéliennes d’avoir tiré sur la foule. L’armée, de son côté, parle de tirs de semonce ou d’actions ciblées contre des « suspects ».
Les autorités israéliennes ont imposé de nouvelles restrictions : les Gazaouis ne sont autorisés à circuler vers les centres d’aide qu’entre 6h et 18h. En dehors de ces horaires, les voies d’accès sont considérées comme des zones militaires fermées, où « entrer représente un risque important pour votre vie », selon un porte-parole militaire.
Malgré tout, vendredi, la GHF a réussi à livrer plus de 8 000 boîtes de nourriture, soit près de 470 000 repas. Mais seuls deux de ses trois centres sont actuellement opérationnels, et l’ouverture d’un site dans le nord de Gaza est toujours en attente.
Le conflit en cours a été déclenché en octobre 2023, lorsque des combattants du Hamas ont tué 1 200 personnes en Israël et enlevé 251 otages. La riposte israélienne a depuis fait plus de 54 000 morts côté palestinien, selon le ministère de la Santé à Gaza, dans une guerre qui semble loin de s’essouffler.