Le guide suprême iranien Ali Khamenei a durci le ton samedi face aux manifestations qui secouent le pays depuis une semaine, affirmant que les « émeutiers doivent être remis à leur place ». Cette déclaration, prononcée lors d’un discours à Téhéran, est interprétée par de nombreux observateurs comme un feu vert donné aux forces de sécurité pour intensifier la répression.
Les violences liées aux protestations ont fait au moins deux nouvelles victimes dans la nuit de vendredi à samedi, portant le bilan à au moins dix morts, selon les autorités. À Qom, un homme a été tué par l’explosion d’une grenade, les responsables de la sécurité affirmant qu’il transportait l’engin pour attaquer des civils. Une autre victime a été recensée à Harsin, dans la province de Kermanshah, où un membre de la milice Basij a été tué lors d’une attaque armée et à l’arme blanche, ont rapporté des médias d’État.
Ces manifestations, décrites comme les plus importantes depuis 2022, trouvent leur origine dans la grave crise économique que traverse le pays. La monnaie nationale s’est effondrée, le rial s’échangeant désormais autour de 1,4 million pour un dollar, alimentant la colère populaire. Des slogans hostiles au régime théocratique ont également été entendus, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Le président réformateur Masoud Pezeshkian a tenté d’apaiser la situation en affirmant être ouvert au dialogue avec les manifestants, tout en reconnaissant sa marge de manœuvre limitée face à l’ampleur de la crise monétaire. Les autorités font toutefois face à une contestation qui s’est étendue à plus de 100 localités dans 22 des 31 provinces du pays, selon des organisations de défense des droits humains basées à l’étranger.
Sur le plan international, les tensions se sont accrues après que le président américain Donald Trump a averti vendredi que les États-Unis pourraient intervenir si l’Iran « tuait violemment des manifestants pacifiques ». Cette déclaration a suscité une réaction immédiate et virulente de responsables iraniens, qui ont menacé de s’en prendre aux forces américaines déployées au Moyen-Orient.
Ces troubles surviennent dans un contexte déjà tendu, quelques mois après la guerre de juin avec Israël et des frappes américaines sur des sites nucléaires iraniens. Téhéran affirme avoir cessé tout enrichissement d’uranium afin de rouvrir la voie à des négociations avec l’Occident, mais aucune discussion concrète n’a encore été engagée, laissant planer l’incertitude sur l’évolution de la crise politique et sociale dans le pays.