Alors que la polémique autour de l’affaire Epstein ne cesse d’enfler, Donald Trump a tenté de reprendre le contrôle d’un dossier devenu explosif au sein même de sa base électorale. En déplacement pour un meeting en Pennsylvanie, le président américain a déclaré à la presse qu’il appartenait à sa ministre de la Justice, Pam Bondi, de décider de la divulgation ou non d’éventuels éléments jugés « crédibles » concernant Jeffrey Epstein et son réseau de trafic sexuel. Il a affirmé que si de tels documents existaient, ils devraient être rendus publics, tout en minimisant l’importance actuelle de l’affaire.
Cette sortie intervient alors qu’une partie de ses partisans, notamment parmi les figures proches du mouvement Make America Great Again (MAGA), accuse l’administration Trump de manquer de transparence sur le sujet. Le président a pourtant soutenu sa ministre, cible depuis plusieurs jours d’appels à la démission après la publication d’un memorandum conjoint du ministère de la Justice et du FBI, daté du 7 juillet, qui concluait que Jeffrey Epstein s’était suicidé en prison et qu’aucune « liste de clients » n’avait été retrouvée dans les documents saisis.
Une communication officielle qui attise les tensions
Le memorandum publié par le DOJ et le FBI affirme, après un nouvel examen de l’ensemble du dossier Epstein, qu’il n’existe aucune preuve appuyant l’idée d’un meurtre en détention. Les services concluent une nouvelle fois à un suicide, en se fondant notamment sur les rapports médicaux et sur les vidéos de surveillance, dont certaines avaient pourtant été endommagées ou perdues. Ce document indique également que malgré l’audition de plus d’un millier de victimes et témoins potentiels, aucune donnée probante ne permet de dresser une liste cohérente d’individus impliqués comme « clients » du réseau criminel d’Epstein.
Interrogée lors d’une conférence de presse, Pam Bondi a refusé d’indiquer si de nouveaux éléments pourraient être rendus publics, se contentant de déclarer que « notre memorandum parle de lui-même ». Une déclaration qui n’a fait qu’accentuer les critiques au sein même de l’électorat républicain le plus fidèle, particulièrement actif sur les réseaux sociaux et sur la plateforme Truth Social, où Donald Trump est habituellement soutenu sans réserve.
Le fossé se creuse entre Trump et sa base MAGA
La réaction de la base MAGA ne s’est pas fait attendre. De nombreuses figures conservatrices influentes, à commencer par l’ancien animateur vedette de Fox News, Tucker Carlson, ont ouvertement accusé l’administration de vouloir « étouffer la vérité ». Carlson est allé jusqu’à évoquer la possible implication de services de renseignement américains ou israéliens dans un supposé complot pour faire taire Epstein et protéger des personnalités de haut niveau. Ces affirmations, bien que non étayées, rencontrent un écho important dans certaines franges complotistes de la droite américaine.
D’autres soutiens historiques de Donald Trump, comme le commentateur Dan Bongino ou le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, ont publiquement demandé la publication intégrale des documents liés à l’affaire Epstein. Bongino, ex-agent du Secret Service et figure montante du conservatisme trumpien, aurait même envisagé de quitter ses fonctions de conseiller après un désaccord interne avec Bondi, selon le Daily Beast.
Une tentative de reprise en main risquée
Sur Truth Social, Donald Trump a tenté de détourner l’attention, exhortant ses partisans à ne pas « perdre du temps et de l’énergie sur Jeffrey Epstein, dont tout le monde se fiche ». Un message qui a suscité une vague de critiques inhabituelles sur cette plateforme généralement acquise à sa cause. La majorité des commentaires exprimait un profond désaccord, voire de la colère, face à cette volonté apparente de tourner la page sur une affaire jugée emblématique des dysfonctionnements des élites américaines.
Lors d’un point presse improvisé à la Maison-Blanche, Trump a confirmé cette ligne en déclarant : « Vous parlez encore de ce type ? Ce cinglé ? C’est incroyable. C’est une perte de temps. » Une déclaration qui semble aller à contre-courant de ses engagements passés. En janvier, lors de sa réélection, il avait promis de « lever le voile » sur cette « affaire répugnante », laissant entendre que des révélations majeures pourraient émerger sous sa nouvelle administration.
Un dossier sensible à la croisée de la politique et du complotisme
La mort de Jeffrey Epstein en 2019, officiellement par suicide dans une prison fédérale de New York, continue de susciter d’innombrables théories du complot. Le fait que plusieurs caméras de surveillance aient été hors service au moment des faits et que deux gardiens aient été accusés de négligence alimente depuis cinq ans les soupçons d’assassinat. La publication récente de documents judiciaires, partiellement expurgés, et de témoignages provenant du procès de Ghislaine Maxwell a contribué à maintenir l’affaire au centre du débat public, en particulier dans les milieux conspirationnistes.
L’administration Trump se retrouve aujourd’hui prise dans une contradiction stratégique : alors qu’elle avait fait de la transparence sur l’affaire Epstein un argument politique majeur face à l’« État profond » démocrate, elle est désormais accusée par ses propres soutiens de contribuer à l’omerta. Cette situation révèle à quel point ce dossier, mêlant criminalité sexuelle, élites internationales et soupçons de dissimulation, reste un terrain miné…