Donald Trump fait aujourd’hui face à la même impasse que Joe Biden avant lui. Malgré ses assurances répétées sur un retour rapide à une inflation faible, le coût de la vie continue de peser lourdement sur les ménages américains, et les électeurs montrent des signes d’exaspération. Comme son prédécesseur, le président multiplie les annonces sur la relance industrielle, la baisse du prix des médicaments ou les critiques adressées aux entreprises qui augmentent leurs tarifs. Il affirme même que l’inflation serait sur le point de retomber à 1,5 pour cent, promettant un rebond économique imminent.
Les électeurs doutent de sa capacité à agir rapidement
Les résultats des élections de ce mois ont montré une nette bascule vers les démocrates, nourrie par le sentiment que Trump ne parvient pas à maîtriser les dépenses des ménages. Pour tenter d’inverser la tendance, il avance des pistes encore floues, comme un remboursement de 2 000 dollars lié aux droits de douane, ou l’idée d’allonger les prêts immobiliers à cinquante ans afin d’alléger les mensualités. Il a aussi renoncé à plusieurs de ses tarifs douaniers sur des produits alimentaires et agricoles, reconnaissant qu’ils auraient pu contribuer à la hausse des prix. Mais pour plusieurs experts économiques, ces décisions relèvent davantage du symbole que d’un véritable plan de lutte contre l’inflation.
Biden avait lui aussi rencontré un mur. Son mandat avait démarré au milieu de pénuries, d’un choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine et d’une flambée des prix qui avait atteint un rythme inédit depuis quarante ans. La Réserve fédérale avait dû relever ses taux directeurs pour contenir la hausse, et les tentatives du président de convaincre les Américains que l’économie restait solide n’avaient pas suffi à redresser son image dans l’opinion.
Aujourd’hui, les démocrates retournent l’argument contre Trump. Ils l’accusent de nourrir l’inflation en amplifiant les tensions commerciales avec ses tarifs douaniers, en freinant des projets d’énergie propre ou encore en compliquant la construction de logements par ses expulsions massives. Des conseillers de Biden soulignent qu’il avait hérité d’une croissance solide et d’une inflation en baisse avant d’en inverser lui-même la trajectoire. Depuis le lancement de ses droits de douane, le rythme annuel de progression des prix est passé de 2,3 à 3 pour cent. Cette hausse reste loin du pic enregistré sous Biden, mais l’effet politique semble tout aussi dévastateur pour le président républicain.
L’équipe Trump affirme pourtant suivre une stratégie de long terme fondée sur les baisses d’impôts, une politique industrielle pilotée par les investissements étrangers et une dérégulation accrue. Selon elle, ces mesures doivent augmenter la production et réduire les tensions inflationnistes. La Réserve fédérale a commencé à abaisser ses taux, ce qui pourrait relancer l’investissement, mais les analystes estiment que des baisses trop rapides pourraient au contraire alimenter une nouvelle poussée des prix.
Reste que l’amélioration du climat économique pourrait prendre beaucoup plus de temps que Trump ne le souhaite. Les travaux des économistes montrent que le moral des ménages met des mois, parfois des années, à se redresser après un choc inflationniste. Les électeurs, eux, semblent surtout déçus de ne pas voir les promesses du président se concrétiser, notamment sur les prix alimentaires, le logement ou la santé. Certains experts jugent que sa meilleure chance de victoire sur le front de l’inflation pourrait dépendre d’un heureux concours de circonstances, comme une forte baisse mondiale des prix du pétrole ou une récolte agricole exceptionnelle. En attendant, Trump persiste à renvoyer la faute sur Biden, assurant que les difficultés actuelles trouvent leur origine dans la politique de son prédécesseur.