Figure centrale de la droite nationaliste polonaise, Zbigniew Ziobro, 55 ans, a marqué la vie politique de son pays par un style combatif et des réformes judiciaires controversées. Ancien ministre de la Justice et procureur général sous les gouvernements du parti Droit et Justice (PiS), il a récemment obtenu l’asile en Hongrie, refusant de rentrer en Pologne pour répondre à une série d’accusations.
Proche allié de Jarosław Kaczyński, Ziobro a été l’un des architectes des transformations du système judiciaire mises en œuvre à partir de 2015. Ces réformes, présentées par le PiS comme nécessaires pour « décommuniser » et rendre plus efficace la justice, ont suscité une confrontation durable avec l’Union européenne, Bruxelles accusant Varsovie de porter atteinte à l’indépendance des juges. Le bras de fer a entraîné le gel de milliards d’euros de fonds européens.
Aujourd’hui, Ziobro est visé par 26 chefs d’accusation, dont abus de pouvoir et détournement de fonds publics. Les procureurs l’accusent d’avoir utilisé de l’argent destiné à l’aide aux victimes pour financer notamment l’acquisition du logiciel espion Pegasus, qui aurait servi à surveiller des opposants politiques, ainsi que divers achats à des fins clientélistes. L’intéressé nie toute malversation et affirme avoir agi dans l’intérêt national.
Formé au droit à l’université Jagellonne de Cracovie, Ziobro s’est fait connaître au début des années 2000 lors d’enquêtes anticorruption, gagnant le surnom de « shérif ». Un épisode personnel a profondément influencé sa trajectoire : la mort de son père en 2006 à la suite d’une opération cardiaque, qui a nourri sa méfiance envers le corps judiciaire et renforcé son approche conflictuelle à l’égard des juges.
Depuis la défaite du PiS en 2023 et l’arrivée au pouvoir du gouvernement pro-européen de Donald Tusk, Ziobro affirme être la cible d’une « chasse aux sorcières politique ». Sa décision de demander l’asile en Hongrie, dirigée par Viktor Orbán, autre critique virulent de Bruxelles, a ravivé les tensions entre Varsovie et Budapest.
Atteint d’un cancer de l’œsophage diagnostiqué fin 2023, Ziobro a subi des opérations et une chimiothérapie à l’étranger. Malgré la maladie et les poursuites, il conserve un ton offensif, promettant de combattre ce qu’il décrit comme des méthodes « brutales et illégales » du pouvoir actuel. Son avenir politique et judiciaire reste incertain, mais son parcours illustre les profondes fractures qui traversent encore la Pologne sur l’état de droit et ses relations avec l’Europe.