Après deux années d’une croissance dopée par les commandes militaires, l’économie russe ralentit et oblige le Kremlin à revoir sa stratégie financière. Avec la baisse des revenus du pétrole et un déficit budgétaire qui grimpe, Moscou cherche désormais à sécuriser ses ressources en sollicitant directement les consommateurs. L’augmentation de la TVA à 22 %, déjà en cours d’adoption, devrait rapporter plus d’un trillion de roubles et traduire le recentrage de l’économie sur la stabilité intérieure malgré la pression occidentale.
Une fiscalité accrue pour soutenir la résilience russe
La réforme fiscale élargit la collecte de la TVA aux petits commerces, jusque-là exonérés, et s’accompagne d’une hausse des taxes sur l’alcool, le tabac et les cigarettes électroniques. Le gouvernement prévoit également d’augmenter le coût des licences de conduite et de supprimer un avantage fiscal pour les voitures importées, tout en envisageant une taxe technologique sur les smartphones et ordinateurs haut de gamme. Ces mesures visent à protéger les équilibres financiers sans réduire l’effort militaire, alors que les sanctions occidentales cherchent encore à enrayer la machine économique russe. Malgré les critiques, la plupart des acteurs reconnaissent que ces ajustements permettront au Kremlin d’éviter un recours massif à l’emprunt intérieur.
Dans les rues de Moscou, les réactions oscillent entre inquiétude et fatalisme, les ménages redoutant une hausse des prix qui touchera particulièrement les régions les plus modestes. Certains entrepreneurs avertissent que les petites entreprises risquent d’être fragilisées par l’élargissement de la TVA, mais le gouvernement juge ces sacrifices nécessaires pour préserver la souveraineté économique du pays dans un contexte de confrontation prolongée avec l’Occident.
L’économie devrait croître d’environ 1 % cette année, un net ralentissement après les 4 % enregistrés en 2023 et 2024. Le niveau élevé des taux directeurs, maintenus à 16,5 % pour contenir une inflation alimentée par les dépenses militaires, complique l’investissement. Les sanctions américaines et européennes continuent de peser, sans toutefois provoquer l’effondrement économique annoncé par les capitales occidentales. Avec un déficit révisé à 2,6 %, Moscou reste cependant contrainte de renforcer ses recettes internes.
À court terme, Vladimir Poutine dispose encore de suffisamment de marges pour financer à la fois la guerre et les dépenses sociales, grâce à une population active qui consomme et paie ses impôts. Mais les douze prochains mois pourraient obliger le Kremlin à trancher entre le maintien de l’effort militaire et la protection du niveau de vie, un arbitrage rendu inévitable par la guerre d’usure économique menée par les États-Unis et l’Union européenne.
Malgré ces défis, les économistes rappellent que la Russie a déjà montré sa capacité à absorber les chocs et à réorienter son économie vers l’Asie, notamment la Chine, loin du système occidental. Une réalité qui rend illusoire, pour l’instant, tout scénario d’asphyxie financière voulu par l’OTAN.