Alors que les grandes puissances du globe investissent massivement dans leur défense, la Chine de Xi Jinping, elle, ne fait plus mystère de ses ambitions militaires. Dans un monde sous tension – guerre en Ukraine, instabilité au Proche-Orient, risques de conflits en Asie-Pacifique – Pékin avance ses pions avec méthode. Sa stratégie : affirmer sa souveraineté, garantir sa sécurité intérieure et extérieure, et surtout, préparer le pays à une confrontation directe avec les États-Unis, considérée comme de moins en moins hypothétique.
Une modernisation militaire à marche forcée
Depuis plus de vingt ans, le Parti communiste chinois a engagé une refonte complète de l’Armée populaire de libération. C’est un chantier gigantesque à l’échelle d’un pays-continent : rationalisation des effectifs, modernisation technologique, développement des capacités navales, spatiales, nucléaires et cybernétiques. À la manœuvre, un homme : Xi Jinping, président omniprésent et chef suprême des armées, qui a fait de la force militaire l’un des piliers de sa vision du « rêve chinois ».
Lors de l’Assemblée nationale populaire, rendez-vous annuel et très codifié du pouvoir chinois, Pékin a annoncé pour 2025 une hausse de 7,2 % du budget militaire, atteignant près de 228 milliards d’euros. Une progression constante depuis trois ans, présentée officiellement comme « modeste » – à peine 1,6 % du PIB – mais qui traduit une volonté claire : disposer de capacités opérationnelles offensives à moyen terme, en particulier face à l’ogre américain. En comparaison, les États-Unis, eux, consacrent plus de 916 milliards de dollars à leur défense. L’écart reste énorme, mais la tendance, elle, est sans équivoque : la Chine muscle son jeu.
C’est sur tous les fronts que l’APL se transforme. Au sol, dans les airs, en mer, et même dans l’espace. Le mot d’ordre est connu : « préparer la guerre sans avoir à la faire ». Dans les faits, cela signifie renforcer la dissuasion, intimider les rivaux régionaux, sécuriser les nouvelles routes commerciales (notamment maritimes), et assurer la « réunification » de Taïwan, qualifiée d’inéluctable par Pékin.
Pékin face à l’ombre grandissante des États-Unis
Mais l’évolution la plus scrutée concerne l’arsenal nucléaire. Selon le Pentagone, la Chine est passée de 290 ogives en 2019 à environ 600 en 2024. Une montée en puissance spectaculaire, qui s’accompagne d’améliorations techniques majeures : missiles balistiques intercontinentaux modernisés, plateformes de lancement plus diversifiées, dispositifs de frappe plus précis. En septembre dernier, un essai de missile intercontinental dans le Pacifique a suscité de vives réactions, notamment du Japon et de la Nouvelle-Zélande. Pékin, lui, parle d’un simple exercice. Les experts, eux, y voient un message clair aux États-Unis et à leurs alliés.
Car c’est bien Washington qui cristallise les préoccupations militaires chinoises. Jusqu’ici, malgré les sanctions, les frictions commerciales et les escarmouches diplomatiques, un certain équilibre instable tenait, notamment sous Joe Biden. Mais l’éventuel retour de Donald Trump à la Maison-Blanche nourrit, à Pékin, la crainte d’un basculement vers une logique plus brutale. Moins prévisible, plus unilatérale. D’où cette accélération stratégique, aussi bien sur le plan industriel qu’en matière d’entraînement et de projection.
Si la Chine affirme que son armée a un but « défensif », il est évident que la ligne de front s’étend bien au-delà de ses frontières : en mer de Chine méridionale, autour de Taïwan, dans l’Arctique, en Afrique… L’APL veut désormais pouvoir intervenir loin, vite, fort.
Dans ce contexte de réarmement global, la Chine ne cherche plus à rattraper, mais à redessiner les rapports de force mondiaux, au moins en Asie. Reste à savoir si ses ambitions sauront éviter les provocations inutiles ou si, au contraire, elles précipiteront les tensions dans une région déjà électrisée par les rivalités et les nationalismes.
Un œil rivé sur ses missiles, l’autre sur ses diplomates, la Chine de Xi Jinping prépare la guerre en espérant n’avoir jamais à la faire. Mais dans un monde de plus en plus instable, la dissuasion n’est parfois qu’un pas de côté avant la confrontation.