Mark Carney en Chine : le Canada tente de relancer une relation gelée depuis près de dix ans
Mark Carney en Chine : le Canada tente de relancer une relation gelée depuis près de dix ans

Le Premier ministre canadien Mark Carney s’est rendu mardi en Chine pour une visite officielle axée sur le commerce et la sécurité internationale, dans un contexte diplomatique délicat marqué par des relations tendues avec les États-Unis. Il s’agit du premier déplacement d’un chef de gouvernement canadien à Pékin depuis 2017, une initiative qui pourrait marquer un tournant après des années de crispations bilatérales.

Ce voyage intervient alors qu’Ottawa cherche à diversifier ses partenariats économiques et stratégiques, sur fond de guerre commerciale avec Washington et de menaces d’annexion formulées par le président américain Donald Trump. Mark Carney avait accepté l’invitation chinoise en octobre dernier, à l’issue d’une rencontre avec le président Xi Jinping en Corée du Sud, qui n’avait alors débouché sur aucune avancée concrète mais avait rouvert la porte au dialogue.

Selon des responsables canadiens, la visite pourrait aboutir à la signature de plusieurs protocoles d’accord, encore en négociation. Des experts estiment que Pékin et Ottawa cherchent cette fois à aller au-delà des gestes symboliques. Le déplacement du Premier ministre sera suivi de près par Washington, certains observateurs soulignant le risque politique d’irriter l’administration Trump, mais aussi la volonté affichée du Canada de montrer qu’il reste ouvert aux affaires.

Parmi les dossiers centraux figure celui des exportations de pétrole brut canadien vers la Chine. Le Canada expédie actuellement la grande majorité de sa production vers les États-Unis, mais une possible hausse des importations américaines en provenance du Venezuela pourrait réduire la demande pour le brut canadien. Le canola constitue un autre enjeu majeur, même si les autorités canadiennes n’anticipent pas de levée immédiate des droits de douane chinois lors de cette visite.

La Chine a indiqué vouloir profiter du séjour, prévu du 14 au 17 janvier, pour renforcer la confiance mutuelle. Les relations commerciales ont été fortement dégradées l’an dernier après l’imposition par Pékin de droits antidumping provisoires sur le canola canadien, en réponse aux tarifs décidés par Ottawa sur les véhicules électriques chinois. Ces mesures ont presque fait disparaître les exportations canadiennes de canola vers un marché qui en était auparavant le principal débouché.

Cette tentative de rapprochement suscite toutefois des inquiétudes au Canada. Des experts mettent en garde contre les risques pour la sécurité nationale liés à une coopération accrue avec la Chine dans des secteurs sensibles comme l’intelligence artificielle ou les minéraux critiques. Ottawa a également exprimé par le passé de fortes préoccupations sur les droits de l’homme, évoquant notamment l’emprisonnement de figures pro-démocratie, l’exécution de citoyens canadiens et des soupçons d’ingérences électorales.

Dans ce contexte, certains acteurs de la société civile redoutent que le Canada ne privilégie des gains économiques au détriment de ses principes. La décision de deux députés canadiens d’écourter récemment un déplacement à Taïwan, avant la visite de Mark Carney en Chine, illustre la prudence d’Ottawa sur la scène diplomatique. Pour Pékin, cette visite pourrait aussi servir à améliorer son image internationale et à souligner, auprès du Canada, l’imprévisibilité croissante des États-Unis comme partenaire stratégique.

Partager