Les réformes proposées par le gouvernement australien sur les discours haineux et le contrôle des armes à feu, annoncées après la fusillade de masse de Bondi Beach, suscitent une vive controverse politique et juridique, alimentant des inquiétudes quant à leur impact potentiel sur la liberté d’expression.
Le Premier ministre Anthony Albanese a rappelé le Parlement de sa pause estivale afin de tenter de faire adopter un projet de loi combinant un programme de rachat d’armes à feu et un abaissement du seuil permettant de poursuivre pénalement les discours haineux. L’initiative, jugée urgente par l’exécutif, est cependant critiquée pour sa complexité et sa rapidité d’examen.
À droite, la cheffe du Parti libéral Sussan Ley a estimé que le texte était « irrécupérable », affirmant qu’il menaçait la liberté d’expression sans cibler efficacement les prêches extrémistes. Les nationaux, alliés des libéraux, reprochent pour leur part au gouvernement d’avoir fusionné dans un même texte des mesures sur les armes à feu et sur les discours haineux, empêchant selon eux un débat serein.
Les Verts ont également fait savoir qu’ils ne soutiendraient pas le projet en l’état. Leur dirigeante, Larissa Waters, a averti que la réforme pourrait être utilisée pour restreindre des manifestations politiques légitimes et a demandé que les protections contre les discours haineux soient élargies, notamment à l’islamophobie. Elle a insisté pour que les critiques de politiques étrangères, y compris celles d’Israël, ne soient pas criminalisées.
Ces débats interviennent dans un contexte émotionnel fort, un mois après la fusillade du 14 décembre à Bondi Beach, qui a fait 15 morts lors d’une célébration de Hanoukka. La police australienne affirme que les auteurs présumés ont été inspirés par le groupe jihadiste État islamique, ravivant les appels à lutter contre l’antisémitisme.
Des juristes et des universitaires ont également exprimé leurs réserves. L’experte constitutionnelle Anne Twomey a estimé que la loi pourrait être contestée devant la Haute Cour pour atteinte à la liberté de communication politique, soulignant que l’infraction d’incitation à la haine raciale serait passible de cinq ans de prison. Le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits humains et la lutte contre le terrorisme, Ben Saul, a lui aussi alerté sur les risques pour la liberté d’expression.
Le gouvernement défend néanmoins son texte. Le ministre de l’Intérieur Tony Burke a affirmé qu’un groupe néonazi identifié par les services de renseignement s’était dissous depuis la présentation du projet pour éviter des poursuites, preuve selon lui de son efficacité dissuasive.
Le Conseil exécutif de la communauté juive australienne a reconnu des « lacunes sérieuses » dans le texte, mais estime qu’il doit malgré tout être adopté afin de faciliter les poursuites pour crimes haineux, l’incitation publique n’ayant plus à être démontrée devant les tribunaux.
Alors que le Parti travailliste détient la majorité à la Chambre basse et cherche un compromis au Sénat, le gouvernement se dit prêt à examiner des amendements. Reste à savoir si un terrain d’entente pourra être trouvé entre la volonté d’agir rapidement contre la haine et la préservation des libertés fondamentales.