Le Royaume-Uni interdit Palestine Action, la justice rejette une tentative de suspension de l’interdiction
Le Royaume-Uni interdit Palestine Action, la justice rejette une tentative de suspension de l’interdiction

LONDRES — Le groupe de campagne pro-palestinien Palestine Action sera officiellement interdit à partir de minuit, après avoir échoué vendredi à faire suspendre l’interdiction prononcée cette semaine par le gouvernement britannique en vertu des lois antiterroristes. La Haute Cour de Londres a rejeté la requête urgente de Huda Ammori, cofondatrice du mouvement, et la Cour d’appel a confirmé cette décision dans la soirée.

Palestine Action, créé en 2020, est désormais considéré par les autorités comme une organisation terroriste. Cette classification rend illégal le fait d’y adhérer, de la soutenir ou d’y être affilié, et expose à une peine maximale de 14 ans de prison. Le gouvernement justifie sa décision par les actions militantes du groupe, qui a récemment pris pour cible une base de la Royal Air Force et endommagé deux avions militaires en signe de protestation contre le soutien britannique à Israël.

Le ministère de l’Intérieur, par la voix de Yvette Cooper, a estimé que « la violence et les dommages criminels n’ont pas leur place dans une manifestation légitime ». La ministre a affirmé que les actes de Palestine Action dépassent le seuil requis pour une proscription, citant notamment des attaques répétées contre des entreprises de défense, dont le géant israélien Elbit Systems, souvent visées par des jets de peinture rouge, des blocages ou des dégradations matérielles.

Les avocats du groupe contestent fermement cette mesure. Raza Husain, représentant Huda Ammori, a dénoncé une décision « discriminatoire et autoritaire », et un « abus de pouvoir statutaire inconsidéré ». Il a souligné que les actions de Palestine Action, bien qu’illégales, ne constituent pas des actes de terrorisme au sens strict, mais des formes de désobéissance civile ciblant des infrastructures liées à l’industrie militaire.

La Haute Cour a toutefois jugé que l’interdiction était justifiée dans l’intérêt de l’ordre public. Le juge Martin Chamberlain a estimé que les effets de la mesure sur les membres et soutiens du groupe étaient moindres que les risques encourus pour la sécurité publique.

Cette interdiction suscite un débat croissant au Royaume-Uni. Des experts des Nations Unies et des ONG de défense des libertés civiles s’inquiètent d’un précédent juridique : c’est la première fois qu’un groupe menant des actions directes non létales est qualifié d’organisation terroriste par les autorités britanniques. Ils redoutent que la définition du terrorisme ne soit élargie au détriment du droit de manifester.

Une audience complète sur la légalité de l’interdiction est attendue plus tard en juillet. D’ici là, toute activité liée à Palestine Action sera considérée comme criminelle. Le groupe, de son côté, affirme qu’il poursuivra ses campagnes contre l’implication du Royaume-Uni dans le soutien à l’armement israélien, en dépit des nouvelles restrictions.

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