Israël soutient un groupe armé palestinien accusé de piller l’aide humanitaire à Gaza
Israël soutient un groupe armé palestinien accusé de piller l’aide humanitaire à Gaza

Israël soutient des groupes armés palestiniens dans la bande de Gaza, affirmant vouloir affaiblir le Hamas. Mais selon des responsables de l’ONU et des ONG, ces groupes — en particulier une milice connue sous le nom de Forces populaires — sont accusés de s’approprier des vivres et des médicaments acheminés par des convois humanitaires, parfois sous l’œil passif de l’armée israélienne.

La milice, dirigée par Yasser Abu Shabab, affirme protéger les centres de distribution alimentaire soutenus par Israël dans le sud de Gaza. Ces installations, gérées par la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), un prestataire privé majoritairement américain, visent à remplacer le réseau humanitaire dirigé par l’ONU, que l’État hébreu accuse de collusion avec le Hamas. Pourtant, les travailleurs humanitaires affirment que le groupe Abu Shabab est impliqué de longue date dans le pillage de convois humanitaires et dans des activités criminelles.

Israël n’a pas précisé publiquement le type d’aide qu’il apporte à ces groupes. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a seulement évoqué l’« activation » de clans locaux pour contrer le Hamas. À Gaza, les structures tribales ont une influence forte, certaines s’étant transformées en gangs opérant dans la contrebande ou le racket. Le groupe de Yasser Abu Shabab est issu de l’un de ces clans. Avant la guerre, il aurait participé à des trafics de drogues et de cigarettes. Incarcéré par le Hamas, Abu Shabab a été libéré lors du début de l’offensive israélienne en octobre 2023.

Si la milice assure aujourd’hui assurer la sécurité autour des centres de distribution, l’ONU et les travailleurs humanitaires dénoncent des exactions continues. Des chauffeurs de camions d’aide affirment avoir été attaqués et dépouillés par les hommes d’Abu Shabab à l’entrée de Gaza, notamment dans la région de Rafah. Des témoins assurent que les soldats israéliens présents à proximité ne sont pas intervenus. Selon Jonathan Whittall, de l’ONU, « ceux qui bloquent et pillent les camions d’aide semblent être protégés par les forces israéliennes », tout en étant désormais en charge de la sécurité des nouveaux centres humanitaires.

Le gouvernement israélien nie avoir permis à des pillards d’opérer dans les zones qu’il contrôle, qualifiant les accusations de « fausses informations ». Pourtant, les ONG font état d’un accès restreint aux populations civiles, contraignant les agences à utiliser des routes où sévissent les groupes armés, compliquant la distribution de l’aide.

Selon l’analyste politique gazaoui Muhammad Shehada, Israël ne s’appuie pas sur ces milices pour combattre le Hamas, mais pour imposer un nouveau cadre humanitaire en disqualifiant l’ONU. L’idée, selon lui, est d’inciter les civils à se regrouper autour des centres de distribution contrôlés par Israël et la GHF, dans ce que l’ONU dénonce comme une stratégie de déplacement forcé. Pendant plus de deux mois, aucun convoi de vivres n’a été autorisé à entrer dans Gaza, poussant la population au bord de la famine. Depuis fin mai, seuls les centres de la GHF ont commencé à distribuer de la nourriture dans des zones militarisées.

Alors que le conflit continue de ravager l’enclave, les choix israéliens en matière d’aide humanitaire suscitent une inquiétude croissante. À travers son soutien tacite ou actif à des groupes armés controversés, l’État hébreu est accusé de détourner l’aide de sa mission première : nourrir et soigner les civils.

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