Alors qu’Israël envisage d’intensifier son offensive militaire sur la bande de Gaza, les habitants de l’enclave palestinienne expriment une angoisse croissante face à ce qu’ils perçoivent comme une escalade de trop, dans un territoire déjà en ruines après 19 mois de guerre. Depuis la fin du cessez-le-feu en mars, l’aide humanitaire est bloquée à l’entrée de Gaza, exacerbant une crise alimentaire dramatique et rendant les conditions de vie insupportables pour les 2,3 millions de Gazaouis.
L’annonce du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’une opération « intensive » visant à consolider le contrôle sur les zones déjà conquises et à déplacer les civils pour « leur propre sécurité » a semé la panique. Pour beaucoup, comme Aya, 30 ans, qui avait pu regagner son domicile durant la trêve, l’incertitude est totale : « Allons-nous mourir cette fois-ci ? Vont-ils nous forcer à quitter Gaza après Rafah ? », s’interroge-t-elle.
Des frappes israéliennes ont fait au moins 13 morts mardi, selon les autorités sanitaires locales. Sur place, les témoignages dressent un tableau accablant. Mohammed al-Seikaly, présent à des funérailles dans la ville de Gaza, s’est exclamé : « Je demande devant le monde entier : que reste-t-il à bombarder ? » L’ampleur des destructions déjà subies rend incompréhensible, pour beaucoup, la logique d’une intensification de la campagne militaire.
Israël justifie ce plan par la nécessité d’empêcher que l’aide humanitaire ne soit détournée par le Hamas. L’État hébreu souhaite en prendre le contrôle direct et relocaliser les civils dans le sud du territoire. Cette stratégie a été vivement critiquée par les Nations Unies, qui y voient une approche contraire aux besoins humanitaires urgents. Certains Gazaouis redoutent qu’elle permette à Israël d’instaurer un tri des bénéficiaires de l’aide, au risque d’exclure ou de cibler des civils.
La famine guette : les habitants survivent en ne mangeant qu’une fois par jour, quand ils trouvent de quoi se nourrir. Le Programme alimentaire mondial a confirmé le 25 avril l’épuisement total des stocks alimentaires à Gaza. La farine est devenue une denrée de luxe, atteignant des prix astronomiques. « Ils nous affament pour que nous puissions accepter n’importe quoi », déplore Aya. D’autres rapportent avoir dû consommer des feuilles ou des tortues de mer pour subsister.
Depuis l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre 2023, qui a coûté la vie à 1 200 personnes et conduit à la capture de 251 otages selon les autorités israéliennes, plus de 52 000 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués dans la riposte israélienne. La bande de Gaza, déjà exsangue, est aujourd’hui au bord de l’effondrement.