Coupes budgétaires à l’ONU : la quête de justice pour les Rohingyas menacée
Coupes budgétaires à l’ONU : la quête de justice pour les Rohingyas menacée

Le responsable d’une enquête des Nations unies a mis en garde contre l’impact des coupes budgétaires et du désengagement de certains donateurs sur la quête de justice pour les Rohingyas, minorité musulmane persécutée au Myanmar. Selon lui, ces réductions financières risquent de compromettre la collecte de preuves et de limiter la possibilité de traduire les auteurs de crimes en justice.

Nicholas Koumjian, directeur du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar, a indiqué à Reuters que son équipe avait déjà soumis des preuves à la Cour pénale internationale (CPI) et à d’autres juridictions. Mais il redoute que le manque de ressources ne vienne entraver ces efforts. « Cela affectera la capacité de condamnation car nous perdrons des capacités », a-t-il déclaré lors d’un entretien à Genève. « Cela enverrait un message d’impunité. Cela dirait aux auteurs : n’ayez crainte d’être inculpés. »

Un document confidentiel consulté par Reuters révèle un déficit de financement de plusieurs millions de dollars, aggravé par l’annulation de deux des trois subventions américaines accordées aux enquêteurs de l’ONU. Ces difficultés s’ajoutent aux réductions de coûts internes décidées par l’organisation elle-même.

Depuis août 2017, environ un million de Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, à la suite d’une vaste offensive de l’armée birmane. Cette opération militaire est qualifiée par de nombreux procureurs et observateurs comme un exemple type de nettoyage ethnique. Les réfugiés, entassés dans des camps insalubres, vivent depuis dans une extrême précarité, en attente d’une éventuelle justice internationale.

L’armée du Myanmar, pour sa part, nie ces accusations. Elle affirme que ses actions relevaient d’une campagne antiterroriste légitime en réponse à des attaques menées par des militants musulmans, et rejette toute idée de planification d’un nettoyage ethnique.

Face à l’ampleur des crimes allégués et aux témoignages recueillis, les enquêteurs de l’ONU considèrent cependant que la documentation des preuves reste essentielle. Mais sans moyens suffisants, préviennent-ils, il sera de plus en plus difficile de maintenir la pression judiciaire sur les responsables présumés et de répondre aux attentes de justice des victimes.

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