BUENOS AIRES, 26 juin — Trente ans après l’attentat contre le centre communautaire juif AMIA à Buenos Aires, la justice argentine a ordonné jeudi que dix personnes, dont plusieurs anciens hauts responsables iraniens, soient jugées par contumace. Il s’agit du procès du plus meurtrier attentat jamais commis en Argentine, ayant fait 85 morts et plus de 150 blessés le 18 juillet 1994.
Parmi les accusés figurent notamment l’ancien ministre iranien du Renseignement, Ali Fallahian, l’ex-chef de la diplomatie Ali Akbar Velayati, le général Mohsen Rezaee, ancien commandant des Gardiens de la révolution, ainsi que Hadi Soleimanpour, ancien ambassadeur d’Iran en Argentine. D’autres membres de l’ambassade iranienne sont également poursuivis, aux côtés de ressortissants libanais et colombiens soupçonnés d’être liés au Hezbollah.
Tous les accusés sont considérés comme fugitifs par la justice argentine, qui les recherche depuis au moins 2003. Les autorités judiciaires affirment que l’attentat a été organisé par le Hezbollah avec le soutien direct de la République islamique d’Iran. Téhéran, pour sa part, a toujours nié toute implication et a refusé d’extrader les suspects.
La décision du juge Daniel Rafecas repose sur une loi adoptée en février 2025 qui autorise, pour la première fois, les procès par contumace de suspects en fuite depuis de longues années. Cette avancée législative intervient dans un contexte politique marqué par un soutien renouvelé du gouvernement argentin aux États-Unis et à Israël, alors que les tensions diplomatiques avec l’Iran se sont accrues ce mois-ci.
L’attentat de 1994, qui avait visé l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA), reste une profonde plaie dans la mémoire collective du pays. Deux ans plus tôt, une attaque contre l’ambassade d’Israël à Buenos Aires avait déjà coûté la vie à 22 personnes. L’Argentine, qui abrite la plus importante communauté juive d’Amérique latine, réclame depuis des décennies justice pour ces actes de terreur.
Le président argentin Javier Milei, fervent soutien d’Israël et du président américain Donald Trump, a récemment réaffirmé sa volonté de lutter contre l’impunité des auteurs de crimes antisémites et terroristes. Ce procès symbolique devrait s’ouvrir dans les mois à venir, malgré l’absence des accusés.