Dans la ville sicilienne de Niscemi, frappée la semaine dernière par un glissement de terrain majeur, Benedetta Ragusa et Toni Rinnone ont vu leur maison disparaître avant de se lancer dans une course contre la montre pour sauver leur pizzeria. Tandis que le sol continuait de bouger sous leurs pieds, ils ont récupéré appareils et ustensiles, aidés ponctuellement par les pompiers, restés en alerte face aux fissures qui s’ouvraient dans les murs.
« Notre maison a été la première à s’effondrer, nous n’avons même pas pu récupérer nos souvenirs », raconte Rinnone. Le couple espérait encore préserver leur commerce, mais celui-ci montre désormais des signes inquiétants. « Tout s’écroule petit à petit. C’est très difficile à accepter », confie-t-il.
Perchée sur des falaises d’argile et de grès, Niscemi, qui compte environ 25 000 habitants, est sujette aux glissements de terrain depuis plus de deux siècles. Le dernier épisode majeur remontait à 1997. Le 25 janvier, après de violentes tempêtes ayant saturé les sols, une portion de colline de près de quatre kilomètres s’est effondrée, provoquant l’évacuation d’environ 1 500 personnes et la création d’une vaste « zone rouge » à l’est de la ville.
Les habitants autorisés à pénétrer brièvement dans les zones bouclées doivent le faire escortés et sans perdre de temps. « On dirait qu’on est en guerre », lâche Ragusa en chargeant verres et casseroles dans une camionnette. Vu du ciel, le paysage est marqué par une immense cicatrice beige, des champs fissurés et des canalisations arrachées, donnant l’impression que tout le territoire se déchire.
Les experts rappellent que des alertes avaient déjà été lancées après la catastrophe de 1997, recommandant des travaux urgents de drainage et de consolidation. Mais ces projets ont été freinés pendant des années par des litiges et une lourde bureaucratie. Le maire, Massimiliano Conti, a indiqué que les fonds destinés à ces travaux n’avaient été débloqués qu’en décembre dernier, trop tard pour empêcher le drame. Le parquet de Gela a ouvert une enquête pour négligence.
Malgré le choc et les pertes matérielles, aucun décès n’est à déplorer. Pour les habitants, la douleur est immense mais la détermination demeure. « Tout perdre est terrible, surtout sa première maison, mais nous avons été sauvés », souffle Ragusa. D’autres, comme Daniela Ferraro, refusent de quitter la ville malgré les critiques. « Nous continuerons à travailler et à nous battre. Notre terre doit être sauvée », affirme-t-elle, résumant l’état d’esprit d’une communauté confrontée une nouvelle fois à la fragilité de son sol et aux lenteurs des réponses publiques.