Charlie Hebdo porte plainte contre la diffusion de fausses couvertures pro-russes et dénonce une opération de désinformation
Charlie Hebdo porte plainte contre la diffusion de fausses couvertures pro-russes et dénonce une opération de désinformation

Le journal satirique Charlie Hebdo a déposé une plainte contre X ce lundi auprès du tribunal judiciaire de Paris, dénonçant la diffusion massive de fausses couvertures du journal sur les réseaux sociaux. Ces Unes contrefaites, d’une qualité graphique saisissante, sont soupçonnées de s’inscrire dans une campagne de propagande pro-russe à visée internationale.

C’est Richard Malka, avocat historique de l’hebdomadaire, qui a révélé cette action en justice. « Il y a une démarche quasi industrielle qui s’accélère, avec de nombreuses Unes, de très bonne qualité. On pourrait s’y tromper si l’on ne connaissait pas la ligne éditoriale du journal », a-t-il affirmé. « Il y a une intention derrière qui semble clairement relever d’une propagande pro-russe. »

Une manipulation ciblée

Selon le communiqué de la rédaction de Charlie Hebdo, une quinzaine de fausses Unes ont été identifiées en l’espace de deux ans. Celles-ci reprennent les codes graphiques bien connus du journal, typographie, mise en page, signatures de dessinateurs, pour donner à ces pastiches une apparence authentique. Les caricatures truquées s’en prennent au président ukrainien Volodymyr Zelensky, qu’elles tournent en ridicule ou décrivent comme corrompu ou tyrannique, mais également à son armée, au soutien occidental à Kiev, ou encore à Emmanuel Macron.

Certaines caricatures véhiculent des thématiques chères à la rhétorique du Kremlin, critiquant la politique migratoire des pays européens, notamment du Royaume-Uni, ou colportant des rumeurs infondées à caractère sexiste sur l’identité de Brigitte Macron. D’autres vont jusqu’à détourner des dessins connus de l’hebdomadaire, les modifiant subtilement pour leur faire dire l’inverse de leur intention d’origine.

Telegram et X dans le viseur

La majorité de ces fausses Unes circulent sur la messagerie Telegram, particulièrement populaire en Russie et dans les pays d’Europe de l’Est, mais également sur X, notamment depuis le début de l’année 2024. La plainte déposée par Charlie Hebdo précise que ces contenus sont « accompagnés de légendes ou de commentaires écrits en langue russe », ce qui indique une cible prioritairement russophone.

« La diffusion semble d’abord destinée au public russe, afin de lui faire croire que Charlie Hebdo est anti-Zelensky et pro-Poutine », souligne la rédaction. Cette instrumentalisation pourrait aussi viser à semer la confusion dans le public francophone ou international quant à la position réelle du journal, notoirement indépendant et critique de tous les pouvoirs.

Une stratégie connue de désinformation : l’opération Doppelgänger

Cette affaire s’inscrit dans une tendance plus large de manipulation de l’information en ligne, identifiée dès 2022 par l’organisation européenne EU DisinfoLab. Celle-ci avait révélé l’existence de l’opération Doppelgänger, une campagne de désinformation orchestrée par des acteurs liés aux intérêts russes, qui consiste à créer de faux sites d’information imitant de grands médias européens, Le Monde, Der Spiegel, The Guardian, etc., pour y publier de fausses actualités favorables à Moscou.

Dans le cas de Charlie Hebdo, c’est la forme même du journal qui est détournée pour fabriquer un faux consensus satirique. Une stratégie particulièrement perverse, selon le journal, qui explique que ces faux contenus peuvent troubler des lecteurs peu familiers de sa ligne éditoriale et porter atteinte à son image, sa crédibilité et ses valeurs.

La plainte vise le délit de contrefaçon, mais l’objectif est aussi plus large : « que soient au moins identifiés les auteurs et peut-être les commanditaires de cette propagande », indique Me Malka. Charlie Hebdo affirme vouloir « défendre son image et ses valeurs », face à une instrumentalisation qui va bien au-delà de la simple imitation…

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