TF1 va devoir revoir ses ambitions pour la soirée du 14 juillet. Le spectaculaire projet artistique porté par le metteur en scène Thomas Jolly (directeur artistique des JO de Paris 2024) qui était prévu sur les quais de Rouen et destiné à être diffusé en direct en prime-time, a été annulé faute de financements privés suffisants. Cette décision a été prise après plusieurs semaines de polémique locale et nationale autour du coût faramineux de l’événement.
Un show à 11 millions d’euros, dont 5 millions d’argent public
Le projet baptisé « 14.7 », en référence à la date de la fête nationale, devait être un événement d’envergure internationale mêlant spectacle vivant, performances artistiques et innovation technologique, retransmis sur TF1. Selon les documents budgétaires le coût total était estimé à 11 millions d’euros, dont 5 millions financés par des subventions publiques : 3 millions pour la Ville de Rouen, 2 millions pour la Métropole Rouen Normandie.
Ces montants ont provoqué une vive polémique , tant dans les milieux politiques que culturels locaux. Plusieurs élus et citoyens ont dénoncé l’indécence d’un tel investissement dans un contexte de fortes tensions budgétaires et de coupes dans les subventions aux structures culturelles locales.
Une fracture politique à gauche
Les groupes écologistes de la mairie et de la Métropole, pourtant alliés des socialistes au pouvoir, ont rapidement pris leurs distances. Jean-Michel Bérégovoy, co-président du groupe écologiste au conseil municipal, a exprimé un rejet clair : « La culture ne se décrète pas, elle se co-construit. Je pense aux MJC, aux EHPAD, aux associations locales qui voient leurs subventions réduites de quelques centaines d’euros. Comment leur expliquer que l’on vote cinq millions pour une seule soirée, aussi prestigieuse soit-elle ? »
L’annulation en 2025 de la Fête du Fleuve, événement populaire et historique de Rouen, pour raisons budgétaires, a renforcé le sentiment d’injustice chez de nombreux acteurs du territoire.
Annulation confirmée par les autorités
Dans un communiqué commun, la Ville de Rouen et la Métropole Rouen Normandie ont officialisé l’abandon du projet : « Thomas Jolly et Thierry Reboul viennent d’annoncer que le projet ‘14.7’ ne sera finalement pas lancé cette année faute d’argent privé. »
Tout en reconnaissant que l’événement ne verra pas le jour, les collectivités affirment avoir été « honorées » d’avoir été sollicitées pour accueillir un projet culturel « d’envergure internationale ». Le communiqué insiste sur le fait que l’annulation est due au désengagement du privé, et non à un refus politique local, ce que conteste une partie de l’opposition.
TF1 prise de court
Pour TF1, partenaire médiatique de l’événement, l’annonce est un coup dur. La chaîne préparait une grande soirée culturelle, sur le modèle des retransmissions du concert de Paris au Champ-de-Mars ou du défilé militaire. La production devait être assurée par Olympique Production, en lien avec le Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO), dans le cadre des événements liés à Paris 2024.
La chaîne n’a pas encore communiqué de plan B, mais selon plusieurs sources, TF1 envisagerait de se replier sur un format plus classique, avec un concert filmé à Paris ou une programmation musicale spéciale.
Nicolas Mayer-Rossignol dénonce une « polémique politicienne »
Le maire socialiste de Rouen et président de la Métropole, Nicolas Mayer-Rossignol, a vivement réagi à l’annulation. Dans une déclaration à France Bleu Normandie, il dénonce une « minorité politicienne » qui aurait empêché la réalisation du projet par son opposition et la diffusion de « fausses informations ». Il ajoute : « Ce projet représentait une opportunité unique en termes de rayonnement culturel et d’attractivité pour Rouen. Malheureusement, certains ont préféré la polémique, en refusant même de rencontrer Thomas Jolly. »
Une blessure dans le tissu culturel local
Pour de nombreux acteurs culturels rouennais, cette séquence révèle un problème plus profond de priorisation des politiques culturelles. Interrogée par France 3 Normandie, une responsable de MJC avait déploré : « On nous demande de faire plus avec moins, on voit nos subventions fondre, et à côté on apprend qu’un événement de 90 minutes reçoit des millions. C’est dur à avaler. » Elle a visiblement été entendue…