Alors que le gouvernement vient de sommer les laboratoires de ne plus jouer la rupture de stock, la pénurie s’étend quand même dans le silence des pharmacies. Depuis des mois déjà, les patients atteints de schizophrénie ou de troubles bipolaires peinent à obtenir leur traitement. Désormais, c’est officiel : la quétiapine, un antipsychotique de référence, manque gravement à l’appel dans ses formes les plus couramment prescrites. L’Agence du médicament (ANSM) a annoncé une aggravation de la situation, qui devrait durer jusqu’à la mi-septembre. Les tensions concernent précisément les dosages à 300 mg et 400 mg en libération prolongée. En clair, les formes destinées aux traitements lourds et stabilisants sur la durée. À l’origine du problème, un enchaînement de défaillances industrielles : d’abord chez le laboratoire grec Pharmathen, puis plus récemment chez l’américain Viatris, dernier rempart contre la rupture totale. Ce dernier a signalé un retard de conditionnement, bloquant l’arrivée sur le marché du produit fini.
Pas de solutions immédiates, mais une alerte sérieuse
Face à l’urgence, l’ANSM tente d’organiser une riposte. L’agence affirme rechercher des solutions alternatives auprès de tous les laboratoires qui commercialisent encore la quétiapine, en France comme en Europe. Elle a demandé à ceux qui le peuvent de libérer immédiatement leurs stocks. Une manœuvre qui ressemble davantage à un pis-aller qu’à une véritable solution de fond. Les soignants sont également appelés à la vigilance. Si la tentation existe de prescrire le dosage à 50 mg, encore disponible, l’agence met en garde contre cette substitution de fortune. Elle risquerait d’aggraver la pénurie en privant les patients pour lesquels cette posologie allégée est réellement adaptée. Un transfert de crise, plus qu’un soulagement. Ce nouvel épisode de pénurie s’inscrit dans un phénomène plus large qui frappe les médicaments psychotropes depuis plusieurs années. Malgré une légère amélioration pour certains antidépresseurs, comme la sertraline, la tension reste forte sur le reste de la pharmacopée psychiatrique. Le manque de molécules essentielles, dans un domaine où la continuité du traitement est cruciale, inquiète profondément les professionnels de santé. Et laisse les patients, une fois de plus, face à des étagères vides.