Des centaines de millions d’euros de médicaments gaspillés chaque année @rawpixel
Des centaines de millions d’euros de médicaments gaspillés chaque année @rawpixel

Chaque année, l’Assurance-maladie débourse plus de 36 milliards d’euros pour rembourser les médicaments. Dans un rapport publié ce jeudi, la Cour des comptes alerte sur une progression de 12 % des dépenses entre 2019 et 2023 et réclame un « traitement de choc » pour inverser la tendance.

Un coût qui explose, dopé par l’hôpital et l’innovation

Les magistrats de la rue Cambon observent que la flambée des dépenses s’explique avant tout par l’hôpital. Les prescriptions des médecins hospitaliers ont progressé en moyenne de 10,6 % par an, contre seulement 2,6 % pour les libéraux. L’arrivée de médicaments innovants, souvent vendus à prix d’or, accentue cette dynamique. Pour mieux cibler les excès, la Cour préconise que chaque prescripteur hospitalier soit identifié comme c’est déjà le cas en ville, afin de responsabiliser les praticiens qui surchargent les ordonnances. Autre piste : renforcer l’usage des logiciels d’aide à la prescription et généraliser l’ordonnance numérique, encore peu déployée malgré son potentiel pour limiter les mésusages.

Des pertes colossales et un impact écologique

Le rapport chiffre à entre 561 millions et 1,7 milliard d’euros par an le coût des médicaments jetés. À cette facture s’ajoute un impact environnemental considérable : les secteurs sanitaire et médico-social sont responsables de 8 à 10 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, dont la moitié liée à l’achat de produits de santé. Les résidus médicamenteux polluent déjà massivement les eaux, annonçant des coûts futurs accrus pour le traitement des eaux usées.

Des économies déjà enclenchées mais jugées insuffisantes

En 2023, plus de 10 milliards d’euros de recettes ont été dégagées grâce aux négociations avec l’industrie pharmaceutique et à la régulation des prix. Le gouvernement a aussi serré la vis cet été, en plafonnant les remises accordées sur les génériques. Une mesure qui inquiète les industriels, mais que la Cour juge nécessaire pour préserver les finances sociales. D’autres mesures sont dans les cartons : le doublement des franchises médicales à 100 euros par an dès 2026 et la hausse de la participation des assurés sur chaque boîte (de 2 à 4 euros). Ces annonces suscitent de vives critiques, y compris au sein du Conseil de la Caisse nationale d’assurance-maladie, qui craint une ponction injuste pour les patients.

La question sensible des antibiotiques

La Cour des comptes insiste aussi sur le rôle central des pharmaciens. En substituant des génériques aux médicaments de marque, ils permettent de réduire la facture. Leur mission dans la lutte contre l’antibiorésistance est également cruciale : en 2024, ils ont réalisé 370 000 tests d’angine pour limiter les prescriptions inutiles. La France reste pourtant le quatrième pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)  le plus consommateur d’antibiotiques, malgré les alertes sur l’émergence de bactéries résistantes. Pour les magistrats, le meilleur médicament reste celui que l’on ne consomme pas. Reste à savoir si l’État osera aller plus loin dans la contrainte, au risque de tendre un peu plus ses relations avec un secteur pharmaceutique déjà sur le qui-vive.

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