Étude alarmante : hors de Londres, les régions britanniques sombrent dans le territoire des « obligations pourries »
Étude alarmante : hors de Londres, les régions britanniques sombrent dans le territoire des « obligations pourries »

Une étude publiée jeudi dans la revue Fiscal Studies dresse un constat sévère sur l’attractivité économique du Royaume-Uni en dehors de sa capitale : la majorité des régions britanniques seraient désormais perçues par les investisseurs comme relevant du territoire des « obligations pourries », ou junk bonds. En cause, selon les auteurs, une architecture financière déséquilibrée, qui favorise massivement Londres au détriment des autres territoires.

Réalisée par des chercheurs de la Manchester Business School dans le cadre du Productivity Institute, l’étude met en lumière un fossé croissant entre la capitale et le reste du pays en matière d’investissement immobilier. Les projets localisés hors de Londres doivent aujourd’hui offrir aux investisseurs une prime de risque de 250 à 300 points de base supérieure à celle requise dans la capitale ou dans d’autres grandes villes européennes. À titre de comparaison, cet écart de rentabilité est équivalent à celui observé entre les obligations d’État britanniques et celles de pays comme la Roumanie ou la Hongrie.

« Jusqu’à présent, nous n’avions aucune idée de la mesure dans laquelle le Royaume-Uni n’était pas perçu par les investisseurs comme une zone de marché unique », explique Philip McCann, professeur d’économie régionale et co-auteur du rapport. Cette fragmentation du marché, selon lui, freine gravement le développement des villes secondaires, où les projets d’envergure deviennent difficilement viables à cause du coût du capital.

L’étude pointe également l’échec des politiques successives visant à corriger ces déséquilibres. Le programme de « nivellement par le haut » (Levelling Up) lancé par l’ancien Premier ministre Boris Johnson s’était donné pour objectif de revitaliser les régions les plus défavorisées du pays. Toutefois, faute de réformes profondes du système financier et de décentralisation réelle, les résultats se sont révélés limités.

Le gouvernement de Keir Starmer, en poste depuis début 2025, prévoit une redistribution accrue des pouvoirs aux régions et un renforcement de la formation professionnelle. Mais selon les auteurs du rapport, ces initiatives, bien que bienvenues, ne répondent pas à l’urgence d’une refonte plus structurelle du financement local et de l’investissement régional.

Ce constat intervient dans un contexte de stagnation économique persistante au Royaume-Uni, aggravée par les conséquences du Brexit, les crises successives et les inégalités territoriales de long terme. L’étude souligne enfin qu’une meilleure intégration financière des régions hors de Londres serait essentielle pour garantir une croissance plus équitable et durable à l’échelle nationale.

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