Le marché européen de l’automobile traverse une tempête. Ventes de véhicules neufs en berne, objectifs climatiques contestés par les constructeurs et finances publiques fragilisées par les coûteuses subventions aux voitures électriques: le cocktail inquiète autant les industriels que les gouvernements. Renault, Stellantis ou Mercedes réclament un assouplissement des règles européennes et une révision des ambitions de décarbonation fixées pour 2035. Mais quatre économistes, dont Sylvain Chassang (professeur à Princeton), estiment qu’un recul politique ne ferait qu’ajouter de l’incertitude et repousser encore davantage les achats.
Un plan d’épargne plutôt que des primes massives
Plutôt que d’injecter des milliards dans des bonus écologiques mal ciblés, ils avancent l’idée d’un plan d’épargne verte. Chaque ménage pourrait placer jusqu’à 200 euros par mois pendant trois ans, rémunérés à un taux bonifié de 3 %, à condition de s’engager à acheter un véhicule électrique dans les trois à cinq ans. Cette promesse, si elle est tenue, fournirait aux constructeurs un signal de demande crédible, leur permettant d’investir dans l’électrique et dans les infrastructures nécessaires. La subvention implicite coûterait dix fois moins que les aides actuelles, et pourrait même être absorbée par les budgets marketing des marques, qui y gagneraient des clients fidélisés avant l’arrivée de concurrents chinois. Cette stratégie repose sur un principe simple: ne pas forcer les consommateurs à acheter dans le brouillard, mais valoriser leur engagement à réaliser un achat qu’ils comptent de toute façon effectuer. En réduisant l’incertitude, on soutient l’investissement industriel sans alourdir exagérément la facture publique.
Décarboner le parc existant dès maintenant
Les économistes insistent aussi sur la nécessité d’agir immédiatement sur le parc automobile en circulation. Première proposition, contre-intuitive: encourager les faibles rouleurs à conserver leurs véhicules thermiques. Un automobiliste qui parcourt moins de 8 000 kilomètres par an pollue finalement moins qu’un nouvel acquéreur d’occasion qui exploiterait davantage le même véhicule. Plutôt que de les culpabiliser, il faudrait les considérer comme les « meilleurs propriétaires » possibles de voitures polluantes. Deuxième levier, une baisse de 10 % de la consommation de carburant dès aujourd’hui. La majorité des ménages interrogés disent pouvoir réduire le nombre de trajets ou adopter une conduite plus sobre. L’expérience d’écoconduite menée à La Poste a déjà montré qu’un gain de 5 % est facilement atteignable. Une telle réduction généralisée aurait un effet climatique, à horizon 2050, comparable à une accélération massive des ventes de véhicules électriques. Face au choc d’incertitude technologique, économique et politique, ces économistes défendent une ligne claire: pas de renoncement aux objectifs climatiques, mais des mesures concrètes, compréhensibles et moins culpabilisantes. L’avenir de l’automobile ne se joue pas seulement dans les showrooms, mais aussi dans la capacité des pouvoirs publics à rassurer et à orienter sans reculer.