Le 5 mai 2026, au lendemain de la 37e cérémonie des Molières, l’Opéra Royal du Château de Versailles accueillait pour deux représentations privées une première mondiale : L’Astrologue ou Les faux présages, une pièce de théâtre générée par intelligence artificielle en imitant le processus créatif de Molière. Le projet, baptisé Molière Ex Machina, est le fruit d’une collaboration entre Sorbonne Université, le Théâtre Molière Sorbonne et le collectif de néoartistes Obvious. Catherine Pégard, aperçue la veille à la cérémonie des Molières, a fait le déplacement pour assister à la première.
Un défi vertigineux : simuler le génie créatif du dramaturge
Le projet est né d’un constat : à l’origine, l’IA avait généré une pièce intitulée Les Astres moqueurs qui ne tenait qu’en huit pages. « L’IA n’a aucun discernement », a rappelé le metteur en scène Mickaël Bouffard depuis la scène de l’Opéra Royal. La pièce finale est le résultat d’un travail bien plus long et collectif, mené par une dizaine de chercheurs et d’experts, qui ont nourri l’algorithme des connaissances les plus fines sur l’œuvre de Molière pour lui faire « prêter sa mémoire phénoménale » — selon la formulation de Bouffard — et simuler le processus créatif du dramaturge mort en 1673. « L’IA donne naissance à de nouveaux paradigmes créatifs, invente de nouveaux imaginaires », soulignait de son côté Gauthier Vernier d’Obvious. Le livret de la pièce porte les deux initiales « IA » en guise d’auteur.
Deux heures de spectacle et des rires dans la salle dès les premières minutes
Le résultat sur scène a surpris même les plus sceptiques. Dix minutes à peine après le début du spectacle, la salle s’est mise à rire de bon cœur — et les sourires qui apparaissaient ne semblaient plus guère se préoccuper de l’origine artificielle du texte. Au total, deux heures d’un spectacle qualifié de « haute volée » par 20 Minutes, présent pour les trois coups de bâton. Le danger était réel : assassiner Molière en tentant de le ressusciter. Le projet aura pris mille précautions pour l’éviter, en associant comédiens, universitaires et professionnels de l’IA dans une démarche aussi ambitieuse qu’inédite dans l’histoire du théâtre.
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