Un ensemble exceptionnel de documents autographes de Marcel Proust, jusque-là inconnus du public, est en vente pour 7,7 millions d’euros. La Bibliothèque nationale de France lance une souscription nationale pour éviter leur dispersion, et préserver un pan fondamental de la genèse de À la recherche du temps perdu.
Pain rassis, biscotte, madeleine : les étapes d’un passage culte
Le lot contient près de 900 pièces inédites, mises en vente par les descendants d’une nièce de Proust, via la maison Sotheby’s. Parmi elles figurent notamment 300 brouillons liés à l’écriture de À la recherche du temps perdu, mais aussi des lettres, poèmes, dessins et annotations personnelles. L’ensemble couvre une période allant de 1907 à 1909 et dévoile le processus de création de l’un des passages les plus célèbres de la littérature française : celui de la madeleine.
Ce que révèlent les manuscrits, selon la BNF, c’est que le célèbre souvenir gustatif n’était pas, au départ, une madeleine. Le texte évolue sur plusieurs versions : il évoque d’abord un morceau de pain rassis, puis du pain grillé, ensuite une biscotte, avant d’aboutir à la madeleine que l’on connaît aujourd’hui. Une évolution qui témoigne du perfectionnisme obsessionnel de l’écrivain, visible aussi dans ses annotations à la plume : « CAPITAL », ou encore « CAPITALISSIME-ISSIME-ISSIME » dans les marges de certains feuillets.
Une souscription nationale ouverte jusqu’au 31 décembre
La Bibliothèque nationale de France espère réunir les 7,7 millions d’euros nécessaires pour acquérir l’ensemble du fonds et le rendre accessible au public. Une « souscription exceptionnelle » a été lancée le 17 septembre, ouverte aux particuliers comme aux entreprises. Selon son président Gilles Pécout, cité par 20 Minutes, il s’agit d’un « événement pour notre pays » et d’une occasion unique de constituer « le plus important gisement proustien au monde ».
Présenté à Paris, au siège de Sotheby’s, cet ensemble manuscrit constitue un témoignage littéraire majeur. S’il est acquis par l’État, il viendrait enrichir les collections de la BNF, qui conserve déjà une partie importante des archives de Marcel Proust.