Avec “Ce cri que personne n’entend”, Jørn Lier Horst et Jan-Erik Fjell signent un thriller particulièrement efficace, construit autour d’une disparition d’enfant jamais élucidée. Le roman s’ouvre sur une affaire vieille de quinze ans : Leah Forsberg, 7 ans, s’est volatilisée sur le chemin de l’école dans un village isolé de Norvège. Son père a été condamné, malgré l’absence de corps. Mais quand une jeune journaliste qui s’intéressait au dossier est retrouvée morte, le doute revient de plein fouet. Et avec lui, la sensation que toute la vérité n’a peut-être jamais été dite.
Une enquête à tiroirs qui relance une affaire enterrée trop vite
Le point fort du roman, c’est sa mécanique. Les deux auteurs relancent ce dossier ancien en passant par Markus Heger, ancien militaire devenu podcasteur spécialisé dans les cold cases. Lui-même avait enquêté autrefois sur la disparition de Leah et pensait, jusque-là, que le père était bien coupable. La mort de la journaliste Mathilde Wold l’oblige à rouvrir le dossier, à réinterroger les témoins, et surtout à remettre en cause ses propres certitudes.
Le livre avance alors par couches successives. Chaque personnage semble cacher quelque chose, chaque nouveau détail déplace légèrement le centre de gravité du récit. Les auteurs excellent dans l’art de tendre de fausses pistes sans jamais donner l’impression de tricher. Le lecteur croit comprendre, puis doute, puis repart ailleurs. Cette construction très maîtrisée rend le roman particulièrement prenant.
Un thriller sombre, rythmé et plus profond qu’il n’y paraît
Au-delà de l’enquête, “Ce cri que personne n’entend” fonctionne aussi grâce à son atmosphère. Le décor norvégien, isolé, froid, presque minéral, donne au récit une couleur de western nordique très réussie. Tout semble gelé depuis quinze ans, sauf la culpabilité, la violence et les blessures intimes, qui continuent de circuler sous la surface.
Le roman aborde aussi plusieurs thèmes plus larges, comme les traumatismes d’enfance, le harcèlement scolaire, les violences faites aux femmes ou encore les relations familiales abîmées. Sans alourdir le récit, ces éléments donnent de l’épaisseur à l’ensemble. Résultat : un vrai page-turner, tendu jusqu’aux dernières pages, et un thriller remarquablement ficelé, qui tient autant par son suspense que par son regard sur les traces laissées par le passé.
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