Le 8 juillet 1621, Jean de La Fontaine voit le jour à Château-Thierry, une petite ville de Brie champenoise, sous le règne de Louis XIII. Il naît dans une famille ambitieuse de la bourgeoisie locale, où son père, Charles de La Fontaine, occupe les fonctions de maître des Eaux et Forêts et aspire à faire gravir à son lignage les marches de la noblesse. Dès son enfance, le jeune Jean se distingue plus par sa rêverie que par son ardeur aux études. Au collège, il se passionne pour l’histoire et le latin, mais préfère observer la nature alentour, fasciné par les animaux et les paysages champenois qui nourriront plus tard son imaginaire littéraire.
Une jeunesse indolente entre études, salons et vers libertins
En 1635, Jean part à Paris, censé y suivre des études de droit en vue de reprendre les charges paternelles. Mais l’univers académique le captive moins que les plaisirs de la capitale. Il fréquente des cercles littéraires comme celui des Chevaliers de la Table Ronde, où il se lie d’amitié avec de jeunes auteurs, parmi lesquels Pellisson, Furetière et La Sablière. Ensemble, ils partagent une même légèreté d’esprit et un goût prononcé pour la poésie et la satire sociale. Tenté un temps par la vie religieuse, La Fontaine entre en 1641 à l’Oratoire, mais abandonne l’année suivante, plus attiré par les vers d’Horace que par les sermons de saint Augustin.
En 1647, à 26 ans, son père arrange son mariage avec Marie Héricart, une cousine de Racine âgée de 14 ans. L’union est sans passion : le poète se désintéresse vite de sa jeune épouse et s’adonne à d’éphémères aventures galantes. De leur union naît un fils, Charles, qu’il confie à l’éducation de son ami de toujours, le chanoine Maucroix. Peu motivé par sa fonction de maître des Eaux et Forêts, qu’il hérite en 1652, il la délègue rapidement pour se consacrer pleinement à l’écriture.
Du protégé de Fouquet au fabuliste couronné
La carrière littéraire de Jean de La Fontaine prend un tournant décisif en 1658 lorsqu’il entre sous la protection de Nicolas Fouquet, puissant surintendant des Finances. Il lui dédie des poèmes flatteurs et compose un texte à la gloire de sa demeure, Le Songe de Vaux. Mais la disgrâce de Fouquet en 1661 le laisse sans soutien. Après quelques années d’errance et de difficultés financières, il trouve refuge à Paris au sein de la haute société cultivée, devenant « gentilhomme servant » de la duchesse d’Orléans puis pensionnaire chez Madame de La Sablière, qui l’abrite pendant près de vingt ans.
C’est à l’approche de la soixantaine que le succès le saisit enfin. En 1668, il publie le premier recueil de ses Fables choisies, dédié au Dauphin, fils de Louis XIV. Inspirées des récits antiques d’Ésope et de Phèdre, mais retravaillées avec finesse, ces histoires d’animaux parlent en réalité des hommes : leurs travers, leur orgueil, leur cruauté, mais aussi leur sagesse. Le ton en est tantôt malicieux, tantôt grave, toujours élégant et profondément humain. Ce mélange rare d’instruction et de plaisir va conquérir le public et inscrire les Fables dans le patrimoine littéraire français.
En 1684, La Fontaine est élu à l’Académie française, malgré les réticences des dévots qui lui reprochent ses contes grivois. Il s’essaie à d’autres formes, dont un roman mythologique, Les Amours de Psyché et Cupidon, ou encore l’opéra, mais c’est aux fables qu’il revient toujours. Le dernier recueil paraît en 1694, un an avant sa mort.
Retiré de la vie mondaine, affaibli, La Fontaine meurt à Paris le 13 avril 1695, à l’âge de 73 ans. Lui qui avait chanté l’insouciance, la paresse et les plaisirs simples, quitte le monde en pénitent, hanté par le Jugement dernier. Mais son œuvre, elle, ne cessera de vivre, traversant les siècles et les générations, de la cour du Roi-Soleil aux bancs de l’école républicaine.