Le 27 mai 1894, à Courbevoie, naît Louis-Ferdinand Destouches, futur Louis-Ferdinand Céline, écrivain majeur du XXe siècle et figure controversée de la littérature française. Médecin des pauvres, soldat traumatisé de la Grande Guerre, pamphlétaire antisémite, il laisse derrière lui une œuvre d’une puissance stylistique inédite, tout en portant les stigmates de ses dérives idéologiques. Sa vie, entre génie littéraire et naufrage moral, symbolise les contradictions tragiques du siècle.
Un écrivain novateur, forgeron du style parlé
Avant d’être écrivain, Céline est d’abord un médecin. Après la guerre de 14-18, au cours de laquelle il est grièvement blessé, il reprend des études et soutient une thèse remarquée sur le docteur Semmelweis. Son parcours le conduit en Afrique, à New York, puis en banlieue parisienne où il soigne gratuitement les plus pauvres.
C’est à la fin des années 1920 qu’il se met à écrire Voyage au bout de la nuit, publié en 1932. Ce roman révolutionne la langue littéraire française : phrases orales, ponctuation explosive, argot, subjectivité radicale. Il fait scandale autant qu’il fascine. Si le prix Goncourt lui échappe, le Renaudot le récompense, et surtout, le public suit. Mort à crédit (1936), plus noir encore, pousse plus loin encore l’expérimentation stylistique, mais choque par son ton cru et sa vision désabusée de l’existence. Céline s’impose comme un écrivain à part, détesté ou adulé.
Une œuvre entachée par l’antisémitisme et la collaboration
Après son deuxième roman, Céline bascule dans l’écriture pamphlétaire. Ses textes Bagatelles pour un massacre (1937), L’École des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941) sont d’une violence antisémite rare, et s’inscrivent dans une radicalisation idéologique où il s’en prend aux Juifs, aux francs-maçons et aux communistes. Cette dérive haineuse choque, mais ne l’exclut pas complètement de la scène intellectuelle d’alors, tant l’antisémitisme est alors répandu dans certains milieux.
Sous l’Occupation, Céline reste médecin dans la banlieue parisienne, tout en publiant dans la presse collaborationniste. En 1944, il fuit en Allemagne avec les derniers membres du gouvernement de Vichy repliés à Sigmaringen. À son retour, il est frappé d’indignité nationale et s’exile un temps au Danemark.
Dans les années 1950, il revient à la littérature avec une série de romans semi-autobiographiques (D’un château l’autre, Nord, Rigodon) où il raconte sa fuite, sa paranoïa, sa solitude, dans une langue toujours plus syncopée, hallucinée. Louis-Ferdinand Céline meurt à Meudon le 1er juillet 1961, sans jamais avoir renié ses pamphlets.