Le 1er août 1785, Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, quitte le port de Brest à la tête d’une expédition maritime ambitieuse, soutenue par Louis XVI. À bord de deux frégates, La Boussole et L’Astrolabe, il entame ce qui devait être un voyage de quatre années autour du monde. Sa mission : compléter les découvertes du capitaine Cook, approfondir les connaissances géographiques et scientifiques, et renforcer la présence française dans les territoires encore peu explorés. Mais cette aventure, saluée par les savants et l’élite éclairée de l’Europe, se transformera en l’un des plus grands mystères de l’histoire maritime.
Une mission éclairée portée par la science et la politique
À l’été 1785, l’expédition prend forme avec un soin méticuleux. Des dizaines d’experts, marins et scientifiques embarquent pour ce qui doit être une exploration rigoureuse et méthodique. Le roi Louis XVI, passionné de navigation et de cartographie, en suit les préparatifs avec attention. L’itinéraire prévu est impressionnant : Amérique du Sud, île de Pâques, Alaska, Californie, Asie du Sud-Est, puis retour par l’océan Pacifique. À chaque escale, les savants observent, dessinent, mesurent, cataloguent.
L’expédition fait escale à Macao, traverse les eaux autour du Japon et de la Corée, et arrive en septembre 1787 dans la baie d’Avatcha, au Kamtchatka. Là, La Pérouse remet ses journaux de bord et cartes au jeune Barthélemy de Lesseps, qui entreprend un long périple à travers la Russie pour les faire parvenir à la Cour. Cette précaution permettra de sauver une partie de l’œuvre de l’expédition, même après sa disparition.
La disparition tragique et l’ombre d’un mystère
Début 1788, après un passage éprouvant aux îles Samoa où plusieurs membres de l’équipage sont tués, les frégates poursuivent leur route vers l’Australie. Elles atteignent Botany Bay en janvier, peu après l’arrivée des premiers colons britanniques. Des échanges pacifiques ont lieu, des lettres sont confiées aux Anglais, puis La Pérouse reprend la mer le 10 mars. Ce sera sa dernière apparition.
Plus rien ne parvient ensuite à la France. Pendant des décennies, aucune information n’émerge sur le sort des deux navires. Même Louis XVI, avant sa mort, s’inquiète encore du sort de son explorateur disparu. Ce n’est qu’en 1826 qu’un navigateur irlandais, Peter Dillon, découvre des objets français sur l’île de Vanikoro, dans l’archipel des Salomon. L’hypothèse d’un double naufrage causé par une tempête s’impose. Des survivants auraient vécu quelque temps sur place, avant de disparaître à leur tour.
L’expédition La Pérouse reste aujourd’hui un symbole : celui d’un monde avide de connaissances, prêt à tout pour explorer l’inconnu, mais aussi vulnérable face aux forces de la nature. La mer a englouti les navires, mais la mémoire de La Pérouse, elle, continue de voguer à travers l’histoire.