Un jeune maire des Côtes-d'Armor incarcéré, la justice soupçonne l'animation d'un groupe sectaire
Un jeune maire des Côtes-d'Armor incarcéré, la justice soupçonne l'animation d'un groupe sectaire

Jeudi, un maire récemment élu d’une petite commune des Côtes-d’Armor a été placé en détention provisoire. Le parquet de Toulon, en charge du dossier, évoque un homme d’une vingtaine d’années sans communiquer son identité. Au coeur de l’affaire, un soupçon lourd: celui d’avoir « dirigé un groupe sectaire », selon les termes du procureur Raphaël Balland. Une trajectoire éclair, de la mairie aux barreaux, qui interroge sur la facilité avec laquelle certains jeux d’influence peuvent se déplacer du virtuel au réel.

Tout remonte à une plainte déposée en 2022 par une étudiante de 21 ans en Mayenne. Elle raconte avoir été menacée de mort si elle quittait un groupe de discussion créé sur un réseau social, vitrine soignée pour attirer des profils se croyant à part, présentés comme des personnes à « haut potentiel intellectuel ». Le parquet décrit une organisation hiérarchisée, rythmée par un enseignement censé conduire à un « cinquième palier d’instruction ultime ». Le vocabulaire, lui, a des airs de promesse d’initiation, avec ce que cela peut charrier de fascination et de pression.

Derrière l’écran, une emprise décrite comme méthodique

Derrière l’écran, une emprise décrite comme méthodique Selon la justice, l’animateur présumé aurait réclamé à certaines participantes une « dévotion totale », allant jusqu’à se présenter comme « l’absolu » et le « divin ». Les enquêteurs ont identifié cinq autres jeunes femmes susceptibles d’avoir été visées par des faits similaires, dont une mineure âgée de 17 ans au moment des faits. Deux d’entre elles n’ont pas souhaité déposer plainte, considérant ne pas avoir été victimes d’une infraction, un détail qui dit aussi la zone grise de ces mécanismes d’emprise, où l’on ne se vit pas toujours comme victime au moment où l’on l’est peut-être.

La procédure mentionne aussi un contrôle jugé « très intrusif » sur la vie personnelle et intime des jeunes femmes, avec l’installation de « contributions financières ». Les montants évoqués vont de quelques centaines d’euros à près de 30.000 euros pour l’une d’elles. Une plaignante affirme avoir subi des violences psychologiques et « des actes sexuels sous la contrainte ». Là, on quitte le registre du discours pseudo spirituel pour entrer dans celui, beaucoup plus concret, de la domination et de la prédation.

Présenté à un juge des libertés et de la détention à Saint-Brieuc, le suspect a été écroué dans l’attente de la suite. Il doit être présenté dans les prochains jours à un juge d’instruction à Toulon, qui décidera d’éventuelles mises en examen et des conditions de maintien en détention. Le dossier, lui, s’annonce long et scruté, car il pose une question sourde: combien d’histoires de ce type restent cantonnées à des groupes privés, à l’abri des regards, jusqu’au jour où tout bascule.

Partager

Communauté

Commentaires

Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.