Un jeu qui transforme les pages Wikipédia en cartes à collectionner connaît un succès spectaculaire sur Internet. Baptisé « WikiMasters », ce concept imaginé par le Québécois Naïm Ouellet, âgé de 24 ans, attire depuis plusieurs semaines des centaines de milliers de joueurs. Son principe est aussi simple qu’original : récupérer des cartes virtuelles représentant des articles de l’encyclopédie collaborative, les collectionner, les échanger et les utiliser pour participer à des affrontements de culture générale. Lancé en mars 2026, le jeu est devenu un véritable phénomène à la rentrée grâce à sa popularité sur Twitch. Selon son créateur, il comptait environ 330 000 utilisateurs actifs quotidiens à la fin du mois de septembre. Une ascension fulgurante pour un projet initialement développé par un passionné de programmation, sans les moyens financiers des grands studios de jeux vidéo.
Le fonctionnement de WikiMasters reprend plusieurs mécanismes qui ont fait le succès des cartes Pokémon. Les participants ouvrent des paquets contenant cinq cartes, chacune correspondant à un sujet présent sur Wikipédia, qu’il s’agisse d’une personnalité historique, d’une ville, d’un événement ou même d’un objet particulièrement méconnu. Les cartes possèdent différents niveaux de rareté et certaines versions spéciales peuvent devenir très recherchées. Les joueurs peuvent enrichir leur collection, échanger leurs trouvailles et participer à un marché virtuel utilisant une monnaie interne. Des affrontements sont également proposés sous forme de quiz, permettant de tester les connaissances acquises sur les sujets représentés. Cette mécanique transforme une encyclopédie traditionnellement utilisée pour rechercher des informations en un immense terrain de jeu. L’intérêt ne repose donc pas seulement sur la collection, mais aussi sur la découverte de connaissances parfois insolites.
Twitch et les réseaux sociaux à l’origine d’un succès inattendu
L’explosion de WikiMasters doit beaucoup aux créateurs de contenu. À la fin du mois d’août, plusieurs streameurs français, notamment Anyme et Domingo, ont commencé à ouvrir des paquets de cartes devant leurs communautés. Le phénomène s’est amplifié pendant le Z Event, organisé début septembre à Montpellier. Selon Naïm Ouellet, les inscriptions, qui oscillaient auparavant entre 200 et 500 par jour, ont atteint 19 000 nouveaux joueurs pendant l’événement. Le succès s’est ensuite accéléré, avec environ 30 000 inscriptions quotidiennes à la fin du mois de septembre. Le site spécialisé Similarweb a estimé à près de 5,4 millions le nombre de visites enregistrées entre le 21 et le 27 septembre. Cette popularité soudaine a également provoqué des difficultés techniques, notamment des ralentissements, des interruptions de service et des problèmes liés à certaines fonctionnalités du marché virtuel. L’équipe travaille désormais à stabiliser les infrastructures et à poursuivre le développement du jeu.
Derrière cet engouement se dessinent également plusieurs questions autour de la monétisation et de l’utilisation des contenus de Wikipédia. WikiMasters est accessible gratuitement depuis un navigateur Internet, sur ordinateur comme sur smartphone, mais propose aussi des achats facultatifs et des avantages payants. Ce modèle suscite des interrogations sur les mécanismes de collection et la place accordée aux transactions virtuelles, même si la monnaie utilisée dans le jeu n’est pas directement convertible en argent réel. Le projet reste indépendant de la Wikimedia Foundation et doit respecter les conditions de réutilisation des contenus de l’encyclopédie. Son créateur envisage notamment de développer une application mobile native et de proposer le jeu dans plusieurs langues afin de toucher un public international. Pour l’heure, WikiMasters illustre surtout la capacité des réseaux sociaux et des plateformes de streaming à transformer une idée relativement simple en phénomène numérique. En associant culture générale, collection et compétition, le jeu est parvenu à donner une nouvelle dimension ludique à l’une des plus grandes bases de connaissances du monde.

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