Xavier Kutalian l'arche et le chateau
Xavier Kutalian l’arche et le chateau

En attendant de rallier le Vaucluse en juillet pour le Festival OFF Avignon, le comédien Xavier Kutalian remplit le studio Hebertot (Paris, 17e) les mardis et mercredis pour un seul en scène. Seul sur scène mais pas seul dans sa tête. Il interprète un grand nombre de personnages tout au long d’une histoire aussi personnelle que touchante.

Jusqu’au 28 mai 2025, dans « L’arche et le château » à Paris, Xavier Kutalian, 41 ans, raconte l’histoire de sa famille passée d’une vie dans un orphelinat turc à l’installation dans un orphelinat en France. Une famille d’expatriés, partis d’Arménie au moment du génocide de 1915, le premier génocide du XXe siècle.

Il nous emmène dans un voyage douloureux, dont l’écho résonne encore totalement à notre époque. Pas besoin d’être arménien pour être sensible à ces sujets : immigration, exil, intégration, famille, patrie, courage, amour… Entrevue a pu rencontrer cet homme devenu comédien sur le tard. « J’ai toujours voulu faire de la scène, du théâtre mais je m’en suis rendu compte tard« , sourit-il.

Orphelinat, Voyage, Émigration : Xavier Kutalian Raconte L&Rsquo;Histoire Universelle Et Très Personnelle De Ses Grands-Parents Arméniens

Thibaud Vézirian: Comment avez-vous eu l’idée de créer une pièce autour de cette histoire de famille ?
Xavier Kutalian: Quand mes grands-parents sont décédés, j’ai eu le déclic. En réalisant leur déménagement, l’histoire de Dicran et de Maro m’a sauté aux yeux. Je me suis mis à lire les mémoires de l’orphelinat de mon grand-père, c’était un peu fastidieux mais très enrichissant. Il est arrivé en France parce que l’orphelinat où il vivait en Turquie cherchait une solution pour sa survie. J’ai été frappé par la singularité de l’histoire. Un orphelinat qui a voyagé, c’est quelque chose. Et tout ce beau monde est parti de Turquie jusqu’en France. J’avais écrit une pièce sur mes grands-parents, je n’ai jamais pu la monter. Cette fois, j’ai décidé d’écrire une histoire encore plus grande. Qui dépasse la vie de mes grands-parents. Une histoire universelle et à la fois très personnelle.

L’immigration, l’exil, l’intégration, le regard des autres, la peur de l’étranger… Autant de thèmes abordés dans la pièce qui sont aujourd’hui terriblement d’actualité. Comment avez-vous construit les différents personnages ?
Ce sont les souvenirs de mon grand-père, l’analyse des décisions du fondateur de l’orphelinat et la description de plein de personnages que j’ai croisés dans les mémoires évoqués précédemment. J’ai choisi ensuite d’y apporter une certaine dramaturgie. On dessine des personnages issus de la réalité et on les « augmente ». Ils ont tous plus ou moins existé. J’ai eu la chance de rencontrer les directeurs, Krikor Tavitian et son fils Nubar, ainsi que le fondateur du foyer, Miran Kharagheusian. Ils ont même vu le spectacle. Je me suis servi de faits réels mais je n’ai pas réalisé de travail d’historien ou de sociologue. Pour autant, des gens de la famille de ces jeunes expatriés ont vu la pièce et ils m’ont avoué avoir appris sur eux-mêmes.

Vous avez démarré les représentations en 2024 et faites actuellement votre grand retour sur scène. Des choses ont évolué depuis un an ?
J’ai donné plus de place à un personnage, Zaré, ce jeune très touchant, un peu tête en l’air. Il avait connu beaucoup de succès l’année dernière donc j’ai réussi à intégrer des interventions supplémentaires, tout en respectant la trame du spectacle. Il grandit pendant le spectacle, le public apprécie visiblement.

Cette histoire touche forcément énormément les Français d’origine arménienne, dont le peuple a souffert en 1915 puis encore récemment avec l’épuration ethnique menée par l’Azerbaïdjan en Artsakh. Quelle est l’ambition de cette pièce ?
Je souhaite viser un maximum de gens. C’est sûr que beaucoup de Français d’origine arménienne sont déjà venus assister à la représentation. Il ne faut pas oublier que ce récit n’est pas tant sur les Arméniens mais plutôt sur les difficultés de l’exil. Un mal qui est sous-évalué. Le difficile déracinement. C’est ce que j’ai envie de rappeler. On a tendance à oublier tout ça.

Vous semblez très touché, très marqué sur scène, lors de certains moments précis… Est-ce difficile à jouer ?
C’est forcément beaucoup de pression qui retombe. Pour le retour de cette pièce sur la scène du studio Hebertot, j’étais un peu plus ému que d’habitude. Il y a avait de la famille et aussi Xavier Lemaire, mon metteur en scène qui a toujours cru en moi, c’était particulier. L’émotion, elle vient comme elle vient, souvent vers la fin du spectacle. C’est assez physique un seul en scène. Le relâchement est logique. Le cœur est le moteur des émotions, pas l’inverse. Il faut se mettre dans une situation corporelle qui va appeler les émotions du corps.

Pour tenir le coup physiquement, vous avez un rituel ?
Je marche beaucoup et j’ai un rituel physique tous les matins : pompes, abdos, gainage. Je bois aussi beaucoup d’eau. Quand j’ai le temps, je pratique aussi un peu de padel, un peu de foot et du tennis.

Quand on vous suit pendant 1h15 sur scène, on se dit que cette pièce a tout pour devenir un grand film. Est-ce dans les tuyaux ?
Ce n’était pas du tout le cas au départ. Mais beaucoup de personnes du milieu artistique et de la culture pensent que ça s’y prête énormément. Alors…

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?
De continuer à remplir ce studio avec cette pièce. Puis direction Avignon, pour le festival OFF, où je jouerai à 14h50 du samedi 5 au samedi 26 juillet. Là-bas, c’est aussi une rencontre particulière avec un public féru de théâtre. Un bon révélateur pour un spectacle. Les programmateurs viennent te voir, c’est un peu leur rendez-vous. Donc voilà de bonnes chances de partir en tournée.


L’Arche et le château, au studio Hebertot (Paris, 17e), les mardis et mercredis à 19h : réservation en ligne.

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