INTERVIEW - Matthieu Stefani : « Ce n'est pas l'argent qui a changé la destinée du PSG »
INTERVIEW - Matthieu Stefani : « Ce n'est pas l'argent qui a changé la destinée du PSG »

Le Paris Saint-Germain est devenu le premier club français à remporter deux Ligues des champions. Un aboutissement qui vient conclure plus d’un demi-siècle d’histoire, fait de succès, d’échecs, de crises et de renaissances. Dans PSG, après tant d’années, publié aux éditions Écrin, Matthieu Stefani, entrepreneur et créateur du podcast Génération Do It Yourself, David Carzon, journaliste et cofondateur de Binge Audio, ainsi que Clémence Lepic, productrice et cofondatrice de Collision Productions, retracent cette aventure depuis la création du club en 1969 jusqu’au sacre européen face à Arsenal en mai 2026. Supporter du PSG depuis plus d’une décennie et créateur du podcast Génération Do It Yourself, Matthieu Stefani revient pour Entrevue sur la genèse de cet ouvrage, la résilience du club parisien, le rôle des supporters et l’influence de Luis Enrique dans la transformation du PSG.

Aimé Kaniki : Comment est née l’idée d’écrire PSG, après tant d’années ?

Matthieu Stefani : À l’origine, ce n’était même pas un livre. Avec David Carzon et Clémence Lepic, nous avons lancé un podcast qui s’appelle Fleurons et qui raconte les belles aventures entrepreneuriales et les grandes marques françaises. Beaucoup de gens ne le réalisent pas forcément, mais le PSG est aujourd’hui une immense marque française. Moi, je suis supporter du club depuis longtemps, abonné au Parc des Princes depuis 2012. J’y emmène des amis, des clients, mes enfants. Dans le cadre de Fleurons, nous avons décidé de consacrer un épisode au PSG. Nous avons commencé à travailler sur le sujet et nous avons rapidement accumulé énormément de recherches. À un moment, on s’est rendu compte qu’on avait déjà construit toute une narration, tout un récit. Quand on a vu jusqu’où nous étions allés, on s’est dit que ce serait dommage de ne faire qu’un podcast. Le livre est né comme ça. Il a fallu réécrire beaucoup de choses parce qu’un podcast et un livre ne se construisent pas de la même manière. Mais toute la matière était déjà là. Notre ambition était de raconter l’histoire complète du club, du jour zéro jusqu’à aujourd’hui, avec le plus d’anecdotes possible. On a même mis à jour le manuscrit après la deuxième finale de Ligue des champions pour avoir le livre le plus complet possible.

David Carzon, Matthieu Stefani Et Clémence Lepic (Dr)

Qu’avez-vous voulu apporter de différent par rapport aux autres livres consacrés au PSG ?

Nous avons une approche différente parce que nous ne sommes pas arrivés avec un regard de journalistes sportifs. Moi, je viens davantage du monde des entreprises, des marques et des sagas. Le football est évidemment important, mais ce qui m’intéressait surtout, c’était de comprendre l’ADN du club. Pourquoi le PSG est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Pourquoi il suscite autant de passion. Pourquoi il continue à attirer autant de supporters malgré toutes les désillusions qu’il a connues. Ce qu’on découvre en travaillant sur cette histoire, c’est à quel point cet ADN est fort. Il y a la relation avec les supporters, toutes les années de galère, les combats, les rendez-vous manqués. La résilience du PSG fait partie intégrante de son identité. Je suis le premier à reconnaître qu’il y a encore douze ou treize mois, je me disais qu’on n’y arriverait peut-être jamais. Et puis aujourd’hui, quand on regarde toute cette histoire, on comprend que le club est devenu plus fort grâce à tout ce qu’il a traversé.

Quel épisode vous a le plus marqué pendant vos recherches ?

Sans hésiter, la création du club. Je connaissais mal cette histoire. Le fait que le PSG s’appelle d’abord le Paris FC, la fusion avec Saint-Germain puis la séparation. J’ai trouvé ça absolument fascinant. Aujourd’hui, quand je voyais le Paris FC jouer, je me disais simplement que c’était un autre club parisien. Après avoir travaillé sur le livre, je regarde cette histoire différemment. Je me dis presque que ce sont les frères ennemis du PSG. Je trouve ça très romantique. C’est à la fois une histoire de football et une histoire de France. Pour moi, c’est probablement l’histoire qui m’a le plus marqué. J’ai également été passionné par toute la période Daniel Hechter. On découvre un football complètement différent, avec ses personnages, ses excès, ses méthodes. C’était une autre époque. Tous les grands noms qui gravitent autour de cette période sont fascinants.

Pourquoi dites-vous aujourd’hui que ce n’est pas l’argent qui a changé la destinée du PSG ?

Parce que c’est probablement la conclusion la plus surprenante à laquelle je suis arrivé en travaillant sur le livre. Pendant des années, le PSG a couru après les stars. Pelé, Cruyff, puis plus récemment Messi, Mbappé et d’autres grands noms. Le club a longtemps cherché son salut dans les individualités. Quand QSI est arrivé, beaucoup de gens pensaient que les milliards allaient régler le problème rapidement. Moi aussi, à une époque, je me disais que ça allait forcément finir par fonctionner. Et puis les années ont passé. On a connu des éliminations, des déceptions, des frustrations. On a longtemps cru que même avec tous ces moyens, le PSG n’y arriverait jamais. Aujourd’hui, ce qui est assez drôle, c’est qu’on se rend compte que ce n’est pas l’argent qui a changé la destinée du club. Bien sûr, les moyens financiers ont joué un rôle important. Mais ce qui a véritablement transformé le PSG, c’est Luis Enrique et la cohésion du groupe. Pour la première fois depuis très longtemps, on a une équipe qui respecte pleinement l’institution. Aujourd’hui, il y a toujours des stars, mais c’est le club qui prime. On le ressent sur le terrain. On le ressent dans l’état d’esprit général. Depuis deux saisons, l’institution est redevenue plus importante que les individualités.

Pourquoi était-il important pour vous de parler aussi des dirigeants et de la stratégie de marque ?

Parce qu’un club ne se résume pas à ce qui se passe sur le terrain. Une marque, une franchise ou une institution se construit avec le temps. Le PSG n’existait pas. Il a fallu le créer. Il a été construit à travers des succès mais aussi à travers énormément d’épreuves. Quand on regarde les dirigeants les uns après les autres, on comprend qu’ils ont tous participé à façonner le club. Daniel Hechter, Canal+, QSI, Nasser Al-Khelaïfi, Leonardo, Luis Campos… chacun a laissé une trace. Prenez Nasser Al-Khelaïfi. On peut l’aimer ou non, mais c’est quelqu’un qui n’a jamais abandonné. Il a beaucoup évolué. Au début, il était très impatient. Aujourd’hui, il a compris que les grandes réussites prennent du temps. Dans toutes les entreprises, les dirigeants fixent une direction, une culture, une vision. Dans le football, c’est exactement la même chose. Et puis il y a aussi la dimension de marque. J’étais récemment en Ukraine et j’ai été frappé par le nombre de maillots du PSG que j’ai croisés. Peut-être même davantage que ceux du Real Madrid ou du FC Barcelone. Bien sûr, les victoires comptent. Mais il y a aussi tout le travail réalisé depuis dix ans sur l’image du club. Le PSG est devenu une marque mondiale. Il est aussi devenu l’un des symboles de Paris. Pendant longtemps, il paraissait inconcevable qu’une ville comme Paris ne possède pas un club capable de dominer le football européen. Aujourd’hui, les planètes semblent enfin alignées.

Que représentent les supporters dans l’histoire du PSG ?

C’est probablement l’une des choses que j’ai le mieux comprises en travaillant sur ce livre. Pour être honnête, au départ, je ne comprenais pas toujours la place que pouvaient prendre certains ultras ou certains groupes de supporters. Je suis supporter du PSG, mais je suis aussi quelqu’un qui s’intéresse beaucoup aux entreprises, aux marques et aux récits. Puis j’ai réalisé quelque chose de très simple : les supporters sont toujours là. Les joueurs passent. Les entraîneurs passent. Les dirigeants passent. Les supporters restent. J’ai vécu des matchs où le PSG perdait largement et où les tribunes continuaient à chanter sans s’arrêter. Cette fidélité est exceptionnelle. Quand on comprend cela, on comprend beaucoup mieux pourquoi le club est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Même économiquement, c’est fascinant. Après la première Ligue des champions, je suis allé avec mes deux garçons devant la boutique du Parc des Princes. Je me suis retrouvé à acheter deux maillots alors qu’il y a quelques années je me serais probablement moqué de moi-même. Mais ce n’était pas juste un achat. C’était un souvenir. Une façon de participer à quelque chose de plus grand. Une forme de transmission aussi. Il y a beaucoup de romantisme dans le football. On peut se moquer des ultras qui chantent pendant quatre-vingt-dix minutes ou des rivalités entre clubs. Mais au fond, tout cela participe à la construction d’une identité collective. C’est aussi ce qui fait la beauté de ce sport.

Quel personnage du PSG aimeriez-vous recevoir dans Génération Do It Yourself ?

Luis Enrique, sans la moindre hésitation. J’admire énormément cet homme. Quand on regarde ce qu’il a traversé dans sa vie personnelle, on ne peut qu’être impressionné. Beaucoup de personnes auraient été détruites par de telles épreuves. Lui continue d’avancer avec une force incroyable. Quand il parle de sa fille, cela me donne encore des frissons aujourd’hui. Il explique qu’il a eu la chance de l’avoir dans sa vie et qu’il gardera toujours cela avec lui. Je trouve cette manière de voir les choses extrêmement inspirante. Au-delà de l’aspect humain, j’admire aussi son intelligence. Rien n’est laissé au hasard. Tout est réfléchi. Quand on observe certaines séquences de jeu, certaines séances de tirs au but ou certaines décisions tactiques, on comprend qu’il y a derrière un niveau de préparation exceptionnel. C’est quelqu’un qui cherche en permanence à apprendre, à comprendre et à progresser. J’aime profondément ce type de personnalité.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent après avoir refermé ce livre ?

J’aimerais qu’ils comprennent que le PSG ne s’est pas construit en quelques années. On a souvent tendance à résumer son histoire à l’arrivée du Qatar. En réalité, le club est le résultat de plus de cinquante ans d’histoire. Il y a eu des succès, des échecs, des personnages incroyables, des rendez-vous manqués, des moments de joie, des périodes de doute. Tout cela a contribué à façonner l’identité du PSG. Ce que nous avons voulu faire avec David Carzon et Clémence Lepic, c’est raconter cette aventure dans son intégralité. L’ambition était simple : écrire le livre le plus complet possible sur l’histoire du Paris Saint-Germain, avec toutes les anecdotes, toutes les grandes figures et tous les moments qui ont permis au club de devenir ce qu’il est aujourd’hui.

Propos recueillis par Aimé Kaniki

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