Karim ZERIBI : « LFI n’est pas un parti antisémite »
Karim ZERIBI : « LFI n’est pas un parti antisémite »

Dans cette interview coup de poing, Karim Zeribi, ancien conseiller du ministre de l’intérieur, élu à Marseille et député européen, aujourd’hui chroniqueur sur CNews, Beur FM et Sud Radio et chef d’entreprise à la tête d’une boîte de conseils et de relations publiques, répond aux questions brûlantes, piquantes et polémiques d’Entrevue. De l’inéligibilité de Marine le Pen à l’affiche antisémite de LFI, Karim Zeribi sort pour nous la sulfateuse et met en difficulté l’interviewer !

Entrevue : Vous avez toute votre carrière défendu le fait de rendre le pouvoir au peuple. Est-ce que la peine dinéligibilité prononcée contre Marine Le Pen, avec lexécution provisoire du jugement – pourtant extrêmement rare dans ce genre de dossier – ne vous donne-telle pas limpression dun pouvoir confisqué par les juges ?

Karim Zeribi : Rendre le pouvoir au peuple ne veut pas dire outrepasser la loi républicaine votée par le parlement qui est, de fait, en démocratie, le représentant du peuple. Votre question est pernicieuse pour ne pas dire dangereuse car vous semblez dire que Marine Le Pen ne devrait pas être jugée comme tous les citoyens de notre pays. C’est contraire à l’idée que je me fais de l’égalité des citoyens devant la loi. La peine prononcée n’a rien d’exceptionnelle. C’est vous, à travers votre question, qui sollicitez un traitement d’exception pour Mme Le Pen. Je ne peux vous suivre dans votre raisonnement au nom de mon attachement aux valeurs de la république.

Quest-ce qui pour vous a pu motiver lexécution provisoire pour la juge ?

L’instruction a duré 9 ans, il y a eu un procès en 1ère instance avec la possibilité pour la défense de porter ses arguments. À l’issue de ce procès trois  magistrats indépendants ont motivé leurs décisions par l’élaboration d’un document de 154 pages qui est accablant de preuves contre Mme Le Pen et 24 de ses amis impliqués dans ce détournement de fond public de plusieurs millions d’euros. Je pense que de nombreux commentateurs partisans devraient s’attacher au fond du dossier plutôt que de tenter de discréditer les juges. Cette posture partisane, irrationnelle et irresponsable des militants d’extrême droite est dangereuse pour notre démocratie. Que cela plaise ou pas ce ne sont ni les sondages, ni les gens de pouvoir ou les privilégiés de notre société qui rendent la justice. L’égalité des citoyens devant la loi n’est pas négociable en république.

La juge Bénédicte de Perthuis avait déclaré être rentrée dans la magistrature par admiration pour Eva Joly, qui fut candidate pour Europe Écologie Les Verts, parti dont vous avez été membre. Craignez-vous une politisation de la justice ?

Vous tentez à travers votre question à mettre en doute la probité de la magistrate Bénédicte de Perthuis. Permettez-moi d’être choqué par votre manière de procéder.  Chacune et chacun d’entre nous a pu avoir dans sa vie des figures dont nous avons pu apprécier la personnalité sans que cela mette en doute les décisions que nous prenons. Mme Le Pen s’est engagée en politique aux côtés de son père, condamné pour antisémitisme et entouré de néo-nazis. Si je suis votre raisonnement Marine Le Pen serait dont la copie conforme de son père puisqu’elle l’admirait et s’est engagée à ses côtés ? Je ne raisonnerai pas ainsi car je prends les personnes pour ce qu’elles sont réellement et je balaye tous préjugés ou raccourcis faciles susceptibles de mettre à mal le discernement indispensable dont nous devons faire preuve en toutes circonstances. Pour ma part je ne comparerai jamais Marine Le Pen à son père, je vous invite à faire pareil concernant la magistrate que vous participez à clouer au pilori de manière inadmissible comme le font les militants d’extrême droite.

Est-ce que linéligibilité de Marine le Pen peut au contraire booster la candidature de Jordan Bardella, en jouant sur le scandale démocratique ?

Jordan Bardella est incompétent et ne peut selon moi ambitionner d’être candidat à l’élection présidentielle. Un tel scénario serait un drame pour notre pays car celui-ci mérite des femmes et des hommes cultivés, possédant expérience et vision, capables de porter un idéal républicain et laïque solide. Le jeune Bardella est un tik-tokeur qui apprend des fiches par cœur et qui incarne tout le contraire de ce que l’on est en droit d’attendre d’un candidat susceptible de posséder une stature d’Homme d’Etat.

Autre sujet : vous êtes dorigine algérienne et avez des liens très forts avec lAlgérie. Boualem Sansal vient dy être condamné à 5 ans de prison. Au-delà de toutes considérations partisanes, ne trouvez-pas que la France doit avoir de la pitié et de la compassion pour un écrivain, lauréat du Grand Prix de lAcadémie Française, auteur dune œuvre considérable chez Gallimard, de plus malade, et qui est emprisonné pour des idées ?

J’ai toujours été en opposition totale avec les écrits et les sorties médiatiques de Boualem Sansal. Par ailleurs je respecte la souveraineté de l’Algérie et les lois qui régissent ce pays même si nous avons évidemment le droit de porter un avis sur les motivations qui ont amené la justice Algérienne à condamner Boualem Sansal. Une fois que j’ai dit cela je veux aussi dire que je souhaite la libération de M. Sansal car il est âgé et malade. Par principe je ne suis pas favorable à l’incarcération d’un écrivain même si je ne lui reconnais aucun talent et ne partage absolument rien sur le fond. Avec le rapprochement récent des présidents Macron et Tebboune, je veux croire à une grâce présidentielle possible car la relance du dialogue entre les deux présidents a mis de côté Bruno Retailleau qui n’avait pour seul objectif que de souffler sur les braises pour servir ses intérêts électoraux qui se situe à la droite-extrême. En réalité il ne s’est jamais soucié de l’avenir de la relation France-Algérie qui est stratégique à plus d’un titre, ni même du sort de Boualem Sansal car chaque prise de parole de sa part n’a fait que rendre la situation de l’écrivain encore plus difficile.

La FFF a annoncé quelle voulait porter plainte contre vous après vos propos contre Didier Deschamps, que vous avez accusé davoir un problème avec les Algériens, en réponse aux non-sélections des joueurs de lOL Rayan Cherki et de Monaco Maghnes Akliouche. Ne tombez-vous pas dans le même piège quune certaine rhétorique dextrême droite et dextrême gauche, en reliant tous les phénomènes aux origines des personnes : celle de lassignation à résidence identitaire ?

Je n’ai jamais indiqué que Deschamps avait un problème avec les algériens car les joueurs que vous citez sont franco- algériens et sont susceptibles d’être sélectionnés en équipe de France ce qui n’est pas le cas des algériens. En qualité d’ancien footballeur qui a côtoyé le plus haut niveau j’ai manifesté ma surprise, mon interrogation et il est vrai mon désaccord avec les choix du sélectionneur de l’équipe de France. Je l’ai fait en citant des joueurs très techniques et à fort tempérament qui ont un point commun. La liste va au-delà des noms que vous citez. Mon analyse est factuelle et aucunement polémique. Ensuite si certains commentateurs s’emparent de ma sortie pour tenter de m’attaquer comme vous le faites à demi-mot en déformant mes propos et mon analyse je n’y peux rien. M’attaquer doit certainement être rentable sur le plan médiatique car on ne crée pas de polémique stérile avec des gens qui n’ont aucune audience. En fait je suis à l’image de tous les Français car on dit souvent qu’il y a 67 millions de Français et donc 67 millions de sélectionneurs de l’équipe de France. 

Que vous a inspiré la polémique sur laffiche explicitement antisémite diffusée par LFI contre Cyril Hanouna ? Pensez-vous aujourdhui que LFI représente réellement une menace antisémite ?

L’affiche sur Hanouna est une faute politique car elle renvoie à une époque sombre où les juifs étaient caricaturés mais également persécutés. Pour autant je ne fais pas partie de ceux qui pensent que LFI est un parti antisémite. Les dirigeants de La France Insoumise ont très rapidement retiré cette affiche mais ils n’ont pas suffisamment assumé la faute commise derrière le choix initial de leur campagne de communication contre l’extrême droite. Je reste persuadé que certains adversaires de la bande à Mélenchon ont volontairement surexploité cette affiche pour faire payer à LFI son engagement en faveur du peuple palestinien qui se fait massacrer et éradiquer dans un silence et une indifférence assourdissant et honteux de l’ensemble de la classe politique française mis à part les insoumis.

Enfin, on dit souvent que la Ve République est faite pour le bipartisme, et non pour le tripartisme : raison pour laquelle elle est aujourdhui ingouvernable. Pensez-vous que la configuration actuelle du régime conduira forcément à une élection dun président centriste en 2027 ? Le RN a-til une chance de lemporter ?

L’élection présidentielle de 2027 est très ouverte car les français ne votent plus par atavisme. Le temps des grands partis est révolus. Les citoyennes et les citoyens se sentent plus libres et peuvent voter communiste ou extrême-droite d’une élection à l’autre. Le véritable défi se situera selon moi du coté des abstentionnistes qui restent le plus grand parti de France. Il faut remobiliser les français autour d’une espérance qui permette à chacune et chacun d’entrevoir un avenir au sein d’un idéal républicain et laïque fort, puissant, fédérateur qui sera capable d’aborder et d’affronter les véritables sujets de fond plutôt que de passer son temps à attiser les peurs et diviser les français sur l’autel de leurs origines ou religions. Je rêve de politiques capables d’évoquer : la valeur travail corrélée à la question du pouvoir d’achat, l’autorité républicaine à l’école et partout ailleurs sur la voie publique pour restaurer la notion de respect, une gestion des flux migratoires rigoureuse sans diaboliser l’immigration choisie dont notre pays et notre continent ont grandement besoin, relancer le Made in France en s’appuyant sur un tissu de PME et d’ETI qui n’aspirent pas à délocaliser pour enrichir encore et toujours plus l’actionnaire au détriment du dirigeant d’entreprise et de ses salariés, remettre à plat notre fiscalité qui est étouffante et ne récompense par celles et ceux qui prennent des risques et entreprennent avec courage, relancer une grande politique de logement créatrice d’emplois et d’opportunités en matière d’habitat pour répondre au 2 millions de demandes de logements non traitées, retrouver une posture gaullienne et une voix forte, juste et digne sur la scène internationale, retourner la table au sein de l’Union européenne pour repartir sur une Europe des Etats-nations en opposition à une Europe fédérale, etc etc À mes yeux aucun candidat n’incarne et ne porte les grandes lignes de ce programme que je qualifie d’ambitieux mais surtout nécessaire pour assurer la cohésion nationale et le retour de notre pays dans le concert des grandes nations.

Propos recueillis par Simon Prouvost

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