KIEV/MOSCOU — Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé qu’il ne participerait aux négociations prévues jeudi à Istanbul que si son homologue russe Vladimir Poutine s’y rendait également, posant un ultimatum clair au Kremlin sur sa volonté de paix. Cette exigence intervient alors que les tensions restent vives, malgré les appels internationaux à une désescalade et les efforts de médiation du président américain Donald Trump.
« Le président Zelensky ne rencontrera aucun autre représentant russe à Istanbul, à l’exception de Poutine », a déclaré mardi Mykhailo Podolyak, conseiller du dirigeant ukrainien, à Reuters. La position ukrainienne, partagée par plusieurs pays européens, reste inchangée : aucune négociation ne peut débuter sans cessez-le-feu préalable.
Vladimir Poutine a proposé dimanche des négociations directes avec l’Ukraine, sans toutefois s’engager à se rendre à Istanbul. Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a confirmé que la Russie se préparait aux pourparlers mais s’est refusé à commenter une éventuelle participation personnelle de Poutine. En parallèle, Trump, arrivé mardi en Arabie saoudite, a déclaré envisager de se rendre lui-même à Istanbul s’il estime que cela pourrait faire avancer la paix.
Une telle rencontre entre Zelensky et Poutine constituerait leur première entrevue directe depuis décembre 2019. Trump, qui a fait de la résolution du conflit une priorité de son second mandat, a multiplié les pressions sur les deux parties, menaçant de retirer son soutien diplomatique en l’absence de progrès concrets. Lundi, son secrétaire d’État Marco Rubio a réuni plusieurs alliés européens pour discuter d’une « voie vers le cessez-le-feu ».
Si les perspectives de paix semblent encore lointaines, la diplomatie s’active. Des discussions ont eu lieu entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue turc Hakan Fidan. De leur côté, les dirigeants chinois et brésilien ont appelé à des pourparlers directs dans les plus brefs délais et salué l’initiative de Poutine.
L’Europe, quant à elle, durcit le ton. Faute de cessez-le-feu, l’Union européenne menace Moscou de sanctions « massives » contre son secteur énergétique et financier. Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a toutefois estimé que la priorité restait désormais la réunion de jeudi, déclarant : « C’est à la Russie de jouer. »
Sur le terrain, les forces russes occupent toujours près d’un cinquième du territoire ukrainien. Moscou insiste sur le respect de ses « lignes rouges », notamment le renoncement de l’Ukraine à toute adhésion à l’OTAN. Kiev, de son côté, exige des garanties de sécurité claires et refuse toute discussion territoriale avant l’instauration d’un cessez-le-feu. La partie ukrainienne évoque encore un projet d’accord de 2022, qui prévoyait une neutralité de l’Ukraine en échange d’engagements sécuritaires de grandes puissances, mais qui n’a jamais été conclu.
À deux jours d’éventuels pourparlers historiques, l’incertitude demeure sur la présence de Vladimir Poutine à Istanbul — et sur la volonté réelle des deux parties d’en finir avec la guerre.