Un projet de gazoduc Russie-Chine révèle la domination de Pékin dans la relation énergétique @AP
Un projet de gazoduc Russie-Chine révèle la domination de Pékin dans la relation énergétique @AP

Le patron de Gazprom, Alexeï Miller, a annoncé la signature d’un mémorandum « juridiquement contraignant » avec la China National Petroleum Company (CNPC) pour la construction du gazoduc Force de Sibérie 2. Ce projet colossal, qui relierait les gisements de Sibérie occidentale à la Chine via la Mongolie, illustre l’étroitesse croissante des liens entre Moscou et Pékin, mais soulève de nombreuses interrogations.

Sur le papier, le pipeline de 6 700 kilomètres pourrait permettre à la Russie de compenser une partie des revenus perdus depuis la réduction drastique de ses exportations de gaz vers l’Europe, coupées à la suite de l’invasion de l’Ukraine. Avec une capacité annoncée de 50 milliards de mètres cubes par an, il représenterait toutefois moins d’un tiers des volumes autrefois envoyés vers le Vieux Continent.

L’annonce a été faite lors d’une rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping. Mais aucun détail n’a été communiqué sur le financement ou sur les prix de vente du gaz. Les analystes estiment que le projet sert d’abord à afficher l’alliance entre Moscou et Pékin, dans un contexte de rivalité avec Washington. La Chine, qui a imposé des tarifs douaniers sur le gaz naturel liquéfié (GNL) américain, a commencé à importer du GNL russe malgré les sanctions occidentales.

Selon plusieurs experts, Pékin est en position de force. « La Chine a de multiples sources d’approvisionnement et négocie des prix bas, ce qui revient pour Moscou à subventionner sa consommation », explique Annette Bohr, spécialiste de la Russie à Chatham House. Alexander Gabuev, du Carnegie Russia Eurasia Center, souligne que « la Chine a l’avantage et fixe les conditions ».

Reste une question centrale : Pékin a-t-il réellement besoin de ce nouvel apport en gaz ? Les incertitudes sont grandes quant à la consommation future, notamment dans les années 2030, alors que le pays poursuit sa transition énergétique. Si un retrait accéléré du charbon pourrait accroître temporairement la demande en gaz, le développement rapide des renouvelables, du stockage par batteries et du nucléaire pourrait limiter ce besoin.

Pour l’heure, Force de Sibérie 2 reste un projet sans calendrier précis ni accord tarifaire définitif. Il illustre moins une réalité commerciale qu’un signal politique : la Russie, isolée de l’Europe, se tourne vers l’Asie, tandis que la Chine consolide sa position de partenaire dominant.

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