Un accord de paix piloté par Washington pourrait légaliser le traitement des minerais congolais au Rwanda
Un accord de paix piloté par Washington pourrait légaliser le traitement des minerais congolais au Rwanda

Les États-Unis intensifient leurs efforts diplomatiques en Afrique centrale avec pour objectif ambitieux de transformer un conflit régional violent en une opportunité de coopération économique. Selon plusieurs sources proches du dossier, les pourparlers de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, actuellement menés sous l’égide de Washington, pourraient ouvrir la voie à un accord permettant l’exportation légale des minerais congolais vers le Rwanda pour y être raffinés.

Ces discussions interviennent dans un contexte de tensions exacerbées entre Kinshasa et Kigali, alimentées par les accusations persistantes de pillage des ressources congolaises par le Rwanda, via le soutien présumé du régime de Paul Kagame aux rebelles du M23. Le conflit dans l’est de la RDC, riche en tungstène, tantale et étain, s’est intensifié depuis janvier, Kinshasa accusant le Rwanda d’exfiltrer clandestinement des minerais d’une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars chaque mois.

Mais selon un diplomate impliqué dans les négociations, la stratégie américaine repose sur un principe simple : « Si le Rwanda peut légitimement bénéficier des minerais congolais par le biais de la transformation, il sera moins tenté de piller ou d’occuper son voisin. » Un tel accord pourrait aussi permettre à la RDC d’industrialiser son secteur minier, d’accroître la traçabilité des ressources et de priver les groupes armés de leur principale source de revenus.

Pour Kinshasa, cependant, toute coopération dépend d’un retrait préalable des troupes rwandaises et de leurs alliés du M23, qui contrôlent actuellement plus de territoire que jamais dans l’est congolais. Un responsable gouvernemental congolais a insisté sur le fait que le Rwanda devait respecter « notre souveraineté sur tout, y compris nos minéraux ».

Le Département d’État américain a confirmé qu’un engagement avait été signé à Washington le mois dernier, prévoyant la création de chaînes de valeur minières transparentes et légales reliant la RDC et le Rwanda, en partenariat avec les États-Unis et des investisseurs américains. L’un des conseillers du président Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, a indiqué que jusqu’à 30 investisseurs potentiels avaient été contactés, et que la Société américaine de financement du développement international (USIDF) fournirait un soutien financier.

Néanmoins, la perspective d’un tel accord reste fragile. Une précédente tentative de coopération, initiée en 2021 autour de l’exploitation conjointe de l’or entre la société congolaise Sakima et la société rwandaise Dither, avait échoué après la prise de la ville de Bunagana par le M23 et la suspension de l’accord par Kinshasa.

De nombreux observateurs soulignent que même si les projets miniers peuvent favoriser une certaine stabilité à long terme, ils ne suffisent pas à résoudre un conflit aux racines profondes, hérité notamment du génocide rwandais de 1994. « Un accord minier ne peut pas apporter la paix à lui seul », avertit un diplomate. « Il y a des problèmes immédiats et structurels qui doivent être traités. »

La méfiance reste donc entière entre les deux pays, chacun doutant de la fiabilité de l’autre. Pour les analystes, seule l’implication forte d’un acteur tiers crédible comme les États-Unis pourrait permettre de surmonter ces blocages historiques et d’initier une véritable transformation du tissu économique et sécuritaire régional.

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