La rencontre entre le président américain Donald Trump et son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa à la Maison Blanche, mercredi, a rapidement basculé en un moment de tension diplomatique inhabituelle, lorsque Trump a confronté son invité à des allégations non fondées de « génocide blanc » en Afrique du Sud. Dans une mise en scène soigneusement orchestrée, il a ordonné l’extinction des lumières du Bureau ovale pour projeter une vidéo prétendant illustrer des violences ciblées contre les agriculteurs blancs sud-africains, surprenant une nouvelle fois un dirigeant étranger dans un moment de grande exposition médiatique.
Ce face-à-face inattendu marque la deuxième embuscade de ce type organisée par Trump dans le Bureau ovale en l’espace de quelques mois, après un épisode houleux avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy en février. Alors que Ramaphosa était venu discuter de relations commerciales et de coopération bilatérale, il s’est retrouvé confronté à un flot d’accusations, documents et vidéos à l’appui, évoquant de prétendus massacres et saisies de terres, que l’Afrique du Sud rejette catégoriquement.
Restant calme, Ramaphosa a tenté de répondre avec diplomatie. Il a souligné que la criminalité affectait l’ensemble de la population sud-africaine et a réfuté l’idée d’une quelconque persécution raciale. « S’il y avait eu un génocide des fermiers afrikaners, je peux vous garantir que ces messieurs ici présents ne seraient pas là », a-t-il déclaré, en référence aux golfeurs sud-africains Ernie Els et Retief Goosen, ainsi qu’au milliardaire Johann Rupert, qui accompagnaient sa délégation.
L’épisode pourrait refroidir certains dirigeants étrangers à l’idée d’accepter des invitations à la Maison Blanche, d’autant que la rencontre a été perçue par de nombreux observateurs comme un outil de communication électorale destiné à flatter une frange radicale de l’électorat américain. Trump a d’ailleurs déjà annulé l’aide américaine à l’Afrique du Sud, expulsé son ambassadeur et lancé un programme de réinstallation pour certains membres de la minorité afrikaner, invoquant des accusations de discrimination raciale que Pretoria juge infondées.
Cette confrontation directe dans un espace diplomatique aussi symbolique que le Bureau ovale soulève des inquiétudes parmi les experts en politique étrangère, qui y voient une personnalisation croissante de la diplomatie américaine. « S’engager selon les conditions de Trump ne se passe jamais bien pour personne », a commenté Patrick Gaspard, ancien ambassadeur des États-Unis à Pretoria. Le président sud-africain, de son côté, n’a pas quitté son calme, mais la scène pourrait bien marquer durablement la relation entre les deux pays.