À quelques jours d’une visite très attendue en Arabie saoudite, le président américain Donald Trump aurait opéré un revirement de taille dans les négociations sensibles portant sur la coopération nucléaire civile avec Riyad. Selon deux sources proches du dossier citées par Reuters, Washington ne conditionnerait plus la progression de ces discussions à une normalisation diplomatique entre l’Arabie saoudite et Israël — une exigence qui prévalait sous l’administration de Joe Biden.
Ce changement de cap marque une concession significative de la part des États-Unis. Jusque-là, les discussions nucléaires s’inscrivaient dans un accord plus large englobant un traité de défense entre Washington et Riyad, ainsi qu’une reconnaissance officielle de l’État hébreu par le royaume saoudien. Or, depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, une telle reconnaissance est devenue politiquement toxique dans le monde arabe, rendant impossible, pour le moment, l’élargissement des accords d’Abraham initiés par Trump en 2020.
Ce dégel stratégique sur le nucléaire s’opère alors même que les négociations restent bloquées sur des points clés, notamment les exigences américaines en matière de non-prolifération. Le fameux article 123 de la loi américaine sur l’énergie atomique interdit à tout pays partenaire d’enrichir de l’uranium ou de retraiter du plutonium — deux voies vers la fabrication d’armes nucléaires. Or, l’Arabie saoudite maintient sa volonté d’enrichir son propre uranium, affirmant vouloir vendre les produits de cet enrichissement à des fins civiles.
Face à cet obstacle, des alternatives sont à l’étude. L’une des pistes envisagées serait un modèle dit de « boîte noire » : une installation d’enrichissement en Arabie saoudite, mais contrôlée exclusivement par des experts américains. Ce compromis, s’il voit le jour, pourrait permettre d’allier les impératifs de souveraineté saoudienne aux garanties exigées par Washington.
Ce débat nucléaire intervient dans un contexte où Riyad cherche à diversifier son économie et à libérer davantage de pétrole pour l’exportation, en remplaçant une partie de sa consommation interne par de l’énergie nucléaire. Mais les déclarations passées du prince héritier Mohammed ben Salmane — affirmant que le royaume se doterait d’armes nucléaires si l’Iran le faisait — suscitent l’inquiétude des défenseurs du contrôle de l’armement.
Alors que les discussions avec Téhéran sur son propre programme nucléaire reprennent timidement, les États-Unis doivent jongler entre l’encadrement de leurs adversaires et le maintien de leurs alliances stratégiques. Le vice-président JD Vance a récemment estimé que les pourparlers avec l’Iran progressaient, tout en réaffirmant l’objectif de bloquer tout accès de Téhéran à l’arme nucléaire.
En parallèle, la visite de Trump en Arabie saoudite, prévue le 13 mai, devrait également être l’occasion d’annoncer plusieurs accords économiques majeurs. Selon des sources proches du dossier, les États-Unis pourraient proposer à Riyad un contrat d’armement d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars. Trump aurait même exhorté le royaume à porter son investissement prévu sur le sol américain à 1 000 milliards de dollars, contre 600 milliards initialement envisagés.
Ce déplacement marque la deuxième visite à l’étranger de Trump depuis son retour au pouvoir, après avoir assisté aux funérailles du pape à Rome. Il rappelle aussi le faste de son premier voyage présidentiel, déjà en Arabie saoudite en 2017, et souligne la continuité d’une relation privilégiée entre Trump et les puissances du Golfe. Une relation consolidée par des investissements saoudiens dans des projets immobiliers liés à la famille Trump, notamment à Djeddah et à Riyad.