Trêve de Poutine : début de paix ou tactique dilatoire ?
Trêve de Poutine : début de paix ou tactique dilatoire ?

Quelques jours après que le président américain Donald Trump a vivement critiqué son homologue russe Vladimir Poutine pour la poursuite des frappes russes en Ukraine malgré les négociations en cours sur un accord de paix, Poutine a annoncé une trêve de trois jours, du 8 au 10 mai.

Cependant, cette annonce a immédiatement suscité des doutes, certains y voyant une nouvelle manœuvre dilatoire de la part du président russe, selon le journal britannique The Independent.

Une trêve coïncidant avec les célébrations russes

Le Kremlin a expliqué que cette trêve coïncidait avec les célébrations de la victoire contre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale — un timing qui n’est probablement pas fortuit, au vu des déclarations répétées de Poutine présentant sa guerre en Ukraine comme une lutte contre un soi-disant « régime néo-nazi ».

Dans un communiqué, le Kremlin a précisé que la Russie s’attendait à ce que l’Ukraine respecte la trêve, ajoutant que « toute violation entraînerait une riposte ».

Zelenksy dénonce une tentative de manipulation

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a immédiatement rejeté l’annonce de Moscou, qualifiant la trêve de « tentative de manipulation ».

Dans une allocution vidéo nocturne, il a déclaré :
« On nous demande d’attendre le 8 mai pour un cessez-le-feu — juste pour permettre à Poutine de faire son défilé militaire. Nous, nous valorisons les vies humaines, pas les démonstrations militaires. »

Zelensky a ajouté qu’il ne voyait aucune raison d’attendre pour instaurer un cessez-le-feu :
« Un arrêt des combats ne doit pas durer que quelques jours pour ensuite reprendre les tueries. Il doit être immédiat, complet, inconditionnel, et durer au moins 30 jours, afin d’être sûr et crédible. Voilà le fondement d’une vraie diplomatie. »

Méfiance ukrainienne renforcée

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a renchéri :
« Si la Russie veut vraiment la paix, qu’elle cesse le feu immédiatement. Pourquoi attendre le 8 mai ? »

Kiev a rappelé que Moscou avait déjà violé une trêve similaire de 30 heures pendant les fêtes de Pâques : selon Zelensky, la Russie en avait profité pour avancer sur le terrain, poursuivant les attaques contre les infrastructures énergétiques.

Le week-end dernier, Zelensky a averti sur les réseaux sociaux que la Russie cherchait à tromper la communauté internationale et à prolonger la guerre.

Une « nouvelle tromperie » selon les Ukrainiens

Un groupe ukrainien populaire sur Telegram a qualifié la trêve de « nouveau mensonge de Poutine à Trump », affirmant que le président russe n’avait probablement aucune intention de respecter un cessez-le-feu réel.

Jusqu’à présent, Poutine a refusé un cessez-le-feu total, inconditionnel et durable, exigeant l’arrêt des livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine ainsi que la fin de la mobilisation ukrainienne.

Le Kremlin, de son côté, accuse régulièrement Kiev de violer les trêves qu’il propose.

Réaction de Washington

À Washington, la patience semble s’épuiser face à ce qui est décrit comme le plus grand conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Lundi, l’équipe de Trump a exprimé son insatisfaction vis-à-vis de la dernière offre russe. La porte-parole de la Maison-Blanche, Caroline Leavitt, a affirmé que Trump voulait un cessez-le-feu permanent.

Après une rencontre samedi dernier avec Zelensky au Vatican lors des funérailles du pape François, Trump a critiqué la Russie et Poutine, se disant « profondément déçu » par la poursuite des frappes russes pendant les négociations. Il a averti qu’il envisagerait des sanctions bancaires contre la Russie si aucun accord de paix n’était conclu rapidement.

Enfin, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré à l’émission Meet the Press de NBC que cette semaine serait décisive, car Washington devra déterminer s’il faut poursuivre les négociations ou se concentrer sur d’autres priorités.

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