LA HAYE, 23 juin — Les dirigeants des 32 pays membres de l’OTAN se réuniront mardi à La Haye pour un sommet qui pourrait soit renforcer l’unité de l’alliance autour d’un nouvel objectif ambitieux de dépenses militaires, soit révéler des fractures profondes entre alliés, alors que les tensions autour de l’Iran, de l’Ukraine et du leadership américain pèsent lourdement.
Le président américain Donald Trump, toujours aussi imprévisible, a imposé un ton abrasif avant même le début des discussions, en exigeant que chaque pays consacre 5 % de son produit intérieur brut à la défense — un seuil jugé « irréaliste » par l’Espagne, qui a publiquement rejeté cette cible. Trump, de son côté, a dénigré Madrid et Ottawa comme étant des « mauvais payeurs », tout en affirmant que les États-Unis, eux, ne devraient pas avoir à respecter cette règle.
Ce nouvel objectif intervient alors que les membres de l’OTAN ont déjà adopté en 2022 un plan de dépenses à hauteur de 2 % du PIB, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Vingt-deux pays atteignaient cette cible en 2024, contre seulement trois une décennie plus tôt.
La crise s’est intensifiée après les frappes américaines contre les installations nucléaires iraniennes ordonnées par Trump. Ce geste a ravivé les souvenirs de la guerre en Irak de 2003, qui avait profondément divisé l’alliance. Certains craignent une répétition de ces tensions, alors que l’Europe cherche à maintenir un front uni face à Moscou et à éviter un embrasement au Moyen-Orient.
La question de l’Ukraine reste centrale. Le président Volodymyr Zelensky a été invité, mais sa place exacte dans les discussions reste incertaine. Officiellement, l’OTAN ne fournit pas d’armes à Kiev, mais ses membres coordonnent la livraison d’équipements via une plateforme en Pologne. Des aides non létales — carburant, rations, gilets pare-balles, systèmes anti-drones — sont fournies collectivement.
Le sommet sera bref, avec un dîner informel mardi soir et une unique session de travail mercredi matin. Un communiqué succinct a été préparé pour éviter toute impasse diplomatique. Malgré son format réduit, la réunion pourrait avoir des répercussions durables sur l’orientation stratégique de l’alliance.
Alors que Trump souffle le chaud et le froid sur l’engagement des États-Unis à respecter l’article 5 — la clause de défense mutuelle — les alliés européens s’inquiètent de la crédibilité de la dissuasion collective. La force de l’OTAN repose en grande partie sur la supériorité militaire américaine, mais aussi sur sa volonté de s’en servir. Et sur ce point, les déclarations du président américain laissent planer le doute.