Royaume-Uni : 11 ans de prison pour le chef d’un réseau d’espionnage russe infiltré à grande échelle
Royaume-Uni : 11 ans de prison pour le chef d’un réseau d’espionnage russe infiltré à grande échelle

LONDRES — Un tribunal londonien a condamné lundi Orlin Roussev, chef présumé d’un réseau d’espionnage opérant pour le compte de la Russie, à dix ans et huit mois de prison pour conspiration en vue d’espionnage. Cette décision marque l’aboutissement d’une enquête tentaculaire sur une cellule clandestine qui, selon les autorités britanniques, représentait une menace sérieuse pour la sécurité nationale.

Roussev, 47 ans, ressortissant bulgare, a plaidé coupable avant l’ouverture de son procès à l’Old Bailey. Les enquêteurs ont révélé qu’il échangeait des milliers de messages avec Jan Marsalek, ex-cadre de Wirecard aujourd’hui fugitif, accusé d’avoir orchestré depuis la Russie une opération d’espionnage à grande échelle sur le sol européen. Le réseau ciblait notamment des journalistes, des dissidents et des soldats ukrainiens en formation sur une base américaine en Allemagne.

Au total, six membres du groupe ont été condamnés à plus de 50 ans de prison cumulés. Parmi eux, Bizer Dzhambazov, adjoint de Roussev, a écopé de 10 ans et deux mois. Katrin Ivanova, ancienne partenaire de Dzhambazov, a été condamnée à neuf ans et huit mois. Vanya Gaberova et Tihomir Ivanchev ont chacun été condamnés à huit ans, et Ivan Stoyanov à six ans et quatre mois.

Selon les procureurs, le réseau ne travaillait pas directement pour les services secrets russes, mais agissait sous l’impulsion de Marsalek, principalement motivé par l’argent. Des preuves matérielles ont mis en lumière des activités qualifiées d’« espionnage à l’échelle industrielle », notamment l’interception de signaux téléphoniques à la caserne américaine de Patch, près de Stuttgart.

Les milliers de messages entre Roussev et Marsalek révèlent un mélange d’instructions opérationnelles, de plaisanteries sinistres sur les attaques russes — notamment l’empoisonnement de Sergueï Skripal en 2018 — et de discussions sur la livraison d’armes ou de drones à Moscou. L’un des messages contenait une photo de Marsalek vêtu d’un uniforme militaire arborant le symbole « Z », emblématique de l’invasion russe en Ukraine.

Le juge Nicholas Hilliard a souligné dans sa décision la gravité des faits et leur impact potentiel sur la sécurité du Royaume-Uni. La police britannique a estimé que l’unité avait opéré à un niveau et avec des moyens dignes des services de renseignement étatiques.

Le Kremlin n’a pas réagi publiquement à l’affaire, comme à son habitude face à de telles accusations. De son côté, l’ambassade de Russie à Londres n’a pas souhaité faire de commentaire.

Cette affaire, révélée en pleine guerre russo-ukrainienne, s’ajoute à une série d’incidents qui ont fortement détérioré les relations entre Londres et Moscou. Le Royaume-Uni accuse régulièrement la Russie de tentatives de déstabilisation en Europe, tant sur le plan militaire que par des moyens hybrides ou clandestins.

Jan Marsalek, recherché par Interpol et les autorités allemandes pour son implication dans l’effondrement de Wirecard, demeure introuvable. Il serait caché en Russie, où il continuerait à opérer depuis l’ombre.

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