ISTANBUL, Turquie — Les premiers pourparlers de paix directs entre la Russie et l’Ukraine depuis les débuts de l’invasion russe en 2022 se sont achevés vendredi à Istanbul après moins de deux heures. Si les deux camps se sont accordés sur un important échange de prisonniers de guerre, les divergences profondes sur les conditions d’une cessation des hostilités demeurent entières.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré avoir discuté des résultats de cette rencontre avec le président américain Donald Trump ainsi qu’avec les dirigeants français, allemand, britannique et polonais. Dans un message publié depuis l’Albanie, où il assistait à un sommet européen, il a appelé à des sanctions « sévères » contre Moscou si la Russie continue de refuser un « cessez-le-feu total et inconditionnel ».
Lors de cette rencontre à huis clos au palais de Dolmabahçe, les deux délégations ont convenu d’un échange de 1 000 prisonniers de guerre de chaque côté, ce qui représenterait la plus vaste opération du genre depuis le début du conflit. Des discussions ont également porté sur un éventuel cessez-le-feu et sur une rencontre entre Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, à la demande de Kiev, a précisé le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Oumerov.
Cependant, selon un haut responsable ukrainien, Moscou aurait introduit de nouvelles exigences jugées « inacceptables », notamment le retrait complet des forces ukrainiennes de vastes territoires actuellement occupés. Cette demande, jamais évoquée auparavant, a été perçue comme une tentative de faire dérailler les négociations.
Les deux délégations se sont rencontrées autour d’une table en U, mais sont restées profondément divisées sur les conditions d’un éventuel accord. Donald Trump, qui a plaidé pour une résolution rapide du conflit, a annoncé qu’une rencontre avec Vladimir Poutine pourrait avoir lieu « dès que cela pourra être organisé ». « Il est temps de le faire », a-t-il lancé à la presse depuis Abou Dhabi.
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a ouvert la séance en exhortant les parties à saisir cette « opportunité critique » pour parvenir à une trêve. Après la rencontre, il a salué l’accord sur les prisonniers comme une « mesure de confiance » et affirmé qu’un principe de nouvelle réunion avait été acté.
En parallèle, les combats se poursuivent sur le terrain. Une attaque de drone russe a fait un mort et plusieurs blessés vendredi matin dans la ville ukrainienne de Koupiansk, dans le nord-est du pays. L’ONU estime que plus de 12 000 civils ukrainiens ont été tués depuis le début de l’invasion, et que des dizaines de milliers de soldats sont morts de part et d’autre.
Malgré les pourparlers, l’armée russe semble préparer une nouvelle offensive, selon les autorités ukrainiennes et des analystes occidentaux. Un soldat ukrainien interrogé sur le front, sous le pseudonyme de « Corsair », s’est dit peu optimiste : « L’été est la meilleure saison pour la guerre. Je ne pense pas qu’ils parviendront à un accord concret. »
Avant la réunion d’Istanbul, Kiev avait consulté les conseillers à la sécurité nationale des États-Unis, de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni. Le général américain à la retraite Keith Kellogg, émissaire spécial de Trump, représentait Washington, tandis que l’Ukraine était représentée par Oumerov et Andriy Yermak, chef de cabinet de Zelensky.
Une réunion trilatérale a également eu lieu entre la Turquie, les États-Unis et l’Ukraine. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, présent à Istanbul, a reconnu jeudi que les attentes à l’égard de ces pourparlers étaient faibles. Pour lui, seule une rencontre directe entre Trump et Poutine pourrait débloquer la situation.
Malgré un début encourageant avec l’accord sur les prisonniers, les perspectives de paix restent incertaines, et les lignes de front, elles, continuent de s’embraser.