Le premier groupe de Sud-Africains blancs a embarqué dimanche à bord d’un vol à destination des États-Unis dans le cadre d’un programme inédit et controversé du président Donald Trump visant à accorder le statut de réfugié à ce groupe minoritaire, présenté comme victime de discrimination raciale en Afrique du Sud.
Au total, 49 passagers ont été autorisés à quitter le principal aéroport international de Johannesburg. Ils se dirigeaient vers Washington D.C., avec une correspondance prévue pour le Texas. Des mesures de sécurité renforcées avaient été mises en place, les bagages étant enveloppés dans du film protecteur, et les autorités sud-africaines ont confirmé que chaque passager avait été vérifié pour s’assurer qu’il ne faisait pas l’objet de poursuites judiciaires.
L’initiative de Trump, qui priorise l’accueil des Afrikaners – une communauté blanche descendant des colons néerlandais – a suscité de vives réactions des deux côtés de l’Atlantique. Aux États-Unis, elle intervient dans un contexte où l’administration continue de bloquer l’accueil de réfugiés venant de régions touchées par des conflits majeurs, notamment d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie, ce qui alimente les accusations de discrimination raciale dans la politique migratoire américaine.
En Afrique du Sud, cette mesure américaine est perçue comme une ingérence directe dans les affaires intérieures du pays. Le gouvernement sud-africain a exprimé son inquiétude, qualifiant cette initiative d’absurde et politiquement motivée. Pour Pretoria, il s’agit d’une manœuvre électoraliste destinée à flatter l’extrême droite américaine, en instrumentalisant une situation sociale complexe à des fins idéologiques.
Depuis la fin de l’apartheid en 1994, les inégalités raciales demeurent criantes en Afrique du Sud. La minorité blanche, bien qu’elle représente moins de 8 % de la population, continue de posséder la majorité des terres agricoles et de concentrer une grande part de la richesse nationale. Toutefois, certains membres de cette communauté dénoncent une marginalisation croissante, notamment dans l’accès à l’emploi ou les politiques de discrimination positive en faveur de la majorité noire.
Cette rhétorique d’un « génocide blanc » en Afrique du Sud a été largement diffusée dans les cercles d’extrême droite, en particulier sur les réseaux sociaux et dans les médias conservateurs américains. Elle a également trouvé un écho chez Elon Musk, originaire de Pretoria et soutien affiché de Trump, qui a publiquement relayé ces thèses controversées.
La décision de Washington d’ouvrir un couloir humanitaire exclusivement destiné aux Sud-Africains blancs tranche avec l’attitude de fermeture généralisée à l’égard des autres populations réfugiées. Elle renforce la perception d’une politique d’immigration sélective fondée sur des critères ethniques, au risque de détériorer davantage les relations diplomatiques avec les pays du Sud global.