Poutine refuse de rencontrer Zelensky, mais des pourparlers de paix entre l’Ukraine et la Russie vont bien avoir lieu
Poutine refuse de rencontrer Zelensky, mais des pourparlers de paix entre l’Ukraine et la Russie vont bien avoir lieu

ANKARA, Turquie — 15 mai 2025 (AP) — Pour la première fois depuis trois ans, des représentants ukrainiens et russes doivent entamer des négociations de paix directes à Istanbul, ont confirmé jeudi les deux camps. Mais l’espoir d’un véritable tournant reste mince, après que le président russe Vladimir Poutine a décliné l’offre de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de le rencontrer en personne.

Zelensky a annoncé l’envoi d’une délégation menée par son ministre de la Défense, Rustem Oumerov, depuis Ankara vers Istanbul. Il a toutefois exprimé son scepticisme quant au sérieux de Moscou, soulignant que la délégation russe ne comptait aucun décideur de haut niveau, la qualifiant de « décor de théâtre ».

Le chef de la délégation russe, Vladimir Medinsky, un proche conseiller de Poutine, a déclaré que la Russie venait pour poser les bases d’une « paix durable » en s’attaquant aux causes profondes du conflit. Le Kremlin a toutefois confirmé que ni le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, ni le conseiller diplomatique de Poutine n’y prendraient part.

Zelensky a indiqué que cette initiative vise notamment à prouver à Washington, et en particulier au président Donald Trump, que l’Ukraine est sincère dans sa volonté de mettre fin à la guerre. Il a précisé que son gouvernement souhaitait « poser les premiers jalons d’une désescalade », à commencer par un cessez-le-feu.

Les pourparlers se tiennent dans un contexte de guerre toujours active sur plus de 1 000 kilomètres de front, avec au moins cinq civils tués et 29 blessés ces dernières 24 heures dans l’est du pays, selon les autorités ukrainiennes. La Russie préparerait une nouvelle offensive, affirment Kiev et plusieurs analystes occidentaux.

Un week-end diplomatique agité a précédé ces pourparlers : des dirigeants européens réunis à Kiev samedi ont exhorté la Russie à accepter un cessez-le-feu total de 30 jours. Dimanche, Poutine a proposé des pourparlers à Istanbul, et lundi, Zelensky a lancé un appel direct à une rencontre en tête-à-tête.

Mais jeudi, le Kremlin a officiellement confirmé que Poutine n’avait « aucun projet de se rendre à Istanbul dans les prochains jours ». Le président Trump, en déplacement au Moyen-Orient, a déclaré n’être « pas surpris » de cette absence et a affirmé qu’aucun progrès réel n’était possible sans un entretien direct entre lui et Poutine.

« Rien ne bougera tant que lui et moi ne nous serons pas rencontrés », a-t-il affirmé depuis Air Force One. Trump a mis en garde contre une poursuite du conflit s’il n’est pas personnellement impliqué dans la résolution.

La délégation ukrainienne inclut, outre Oumerov, le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha et le chef du cabinet présidentiel Andriy Yermak. Zelensky a réaffirmé qu’il ne négocierait personnellement qu’avec Poutine.

Côté russe, outre Medinsky, la délégation est composée de fonctionnaires subalternes, loin du premier cercle du Kremlin. Poutine a tout de même présidé une réunion stratégique mercredi soir avec ses ministres de la Défense et les chefs de ses services de renseignement pour préparer les discussions.

Le Kremlin a présenté ces pourparlers comme une « relance » de ceux avortés à Istanbul en 2022. Mais peu d’observateurs s’attendent à des avancées concrètes. L’Occident accuse Moscou de multiplier les exigences irréalistes, tandis que la Russie accuse l’Ukraine et ses alliés de vouloir prolonger le conflit.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, attendu vendredi à Istanbul, a salué les efforts ukrainiens et appelé Moscou à « répondre de manière constructive ». Il a réitéré l’avertissement de sanctions massives si la Russie n’entrait pas sérieusement dans le processus de paix.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, présent à Ankara, a fustigé l’absence de Poutine : « En face des Ukrainiens, il y a une chaise vide. Vladimir Poutine fait tout pour éviter la paix. »

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, en visite en Albanie, a lui aussi accusé la Russie d’entraver la paix : « Il n’y a qu’un seul pays qui a déclenché cette guerre, et un seul qui empêche la paix aujourd’hui : la Russie. »

Reste à savoir si les pourparlers d’Istanbul, malgré l’absence de dirigeants au sommet, permettront d’amorcer une désescalade dans un conflit qui dure depuis plus de trois ans et a déjà causé des dizaines de milliers de morts.

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