Les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran sur le programme nucléaire iranien se sont achevés vendredi à Rome sur des « avancées partielles mais non concluantes », selon le médiateur omanais Badr al-Busaidi. Cette cinquième session, menée à l’ambassade d’Oman dans la capitale italienne, a une nouvelle fois mis en lumière le point de blocage central : l’enrichissement d’uranium, que Washington veut voir interrompu et que Téhéran refuse d’abandonner.
« Le cinquième round des discussions Iran–États-Unis s’est conclu aujourd’hui à Rome avec des progrès partiels », a écrit al-Busaidi sur le réseau X. « Nous espérons clarifier les derniers points dans les jours à venir afin d’avancer vers un accord durable et honorable. »
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a qualifié les négociations de complexes mais prometteuses. « Nous ne sommes pas encore arrivés à un accord, mais nous ne sommes pas découragés non plus », a-t-il déclaré à la télévision d’État iranienne. Il a salué les propositions du médiateur omanais, qui seront examinées par les deux capitales sans engagement immédiat. Araghchi s’est dit confiant qu’un ou deux cycles supplémentaires pourraient permettre des « solutions concrètes » si les positions iraniennes étaient mieux comprises.
La délégation américaine était composée de Steve Witkoff, émissaire pour le Moyen-Orient, et de Michael Anton, directeur de la planification politique au département d’État. Selon la partie iranienne, Witkoff aurait quitté les discussions plus tôt que prévu, sans commentaire public des États-Unis à l’issue de la rencontre.
Les négociations visent à encadrer le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des lourdes sanctions économiques imposées par Washington. Le président Donald Trump a répété qu’en l’absence d’accord, des frappes ciblées sur les installations nucléaires iraniennes restaient sur la table. L’Iran, de son côté, prévient qu’il pourrait franchir le seuil de l’arme nucléaire si les tensions persistent. Un rapport récent de l’agence américaine du renseignement militaire estime que l’Iran serait en mesure de produire de l’uranium de qualité militaire en moins d’une semaine, bien que la fabrication d’une bombe opérationnelle prendrait plusieurs mois.
La question de l’enrichissement reste la plus épineuse. Les négociateurs américains avaient initialement toléré un enrichissement à 3,67 %, mais exigent désormais un arrêt total. L’Iran, lui, affirme que cet enrichissement doit impérativement se poursuivre sur son sol. Des alternatives, comme un consortium régional ou un accord de fourniture par l’AIEA, sont régulièrement évoquées, mais sans consensus jusqu’ici.
Ces discussions se déroulent dans un contexte régional explosif, aggravé par la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza. Israël menace régulièrement de frapper les installations nucléaires iraniennes, et Araghchi a averti que toute attaque serait perçue comme une complicité des États-Unis. Jeudi, des étudiants iraniens ont formé une chaîne humaine autour du site d’enrichissement de Fordo, hautement sécurisé et enterré dans la montagne.
Malgré la rhétorique belliqueuse, l’Iran a un besoin pressant d’un accord. Le pays est confronté à des tensions sociales intenses autour du port obligatoire du hijab, et des rumeurs de hausse du prix de l’essence pourraient raviver des mouvements de protestation. La monnaie nationale, le rial, a dépassé le seuil de 1 million pour un dollar en avril, avant de légèrement remonter grâce aux espoirs de négociation.
Parallèlement, l’« Axe de la résistance » revendiqué par l’Iran est en pleine désagrégation. Ses alliés dans la région ont subi de lourdes pertes face à Israël, et la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie a privé Téhéran d’un partenaire stratégique.
Enfin, les sanctions américaines continuent de pleuvoir. Cette semaine encore, Washington a interdit toute vente de perchlorate de sodium à l’Iran. Ce produit chimique, livré par la Chine au port de Shahid Rajaei, avait été impliqué dans une explosion meurtrière en avril, qui avait fait des dizaines de morts et plus d’un millier de blessés en pleine session de négociations.
Si les pourparlers ne sont pas encore conclus, le médiateur omanais et les deux délégations laissent entrevoir une poursuite du dialogue. Le chemin vers un accord reste semé d’embûches, mais l’enjeu stratégique et économique semble trop important pour être ignoré.